Campagne à bord du navire océanographique Thalassa

Ifremer évalue les ressources halieutiques en Manche-mer du Nord

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8537 par

Chaque année, pour améliorer la connaissance de l’état des stocks de poissons indispensable à la définition des mesures de gestion décidées par Bruxelles, une campagne d’exploration est menée en Manche et mer du Nord par les navires océanographiques de sept pays riverains, dont la Thalassa d’IFREMER.

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Les 20 scientifiques, qui viennent de participer à l’annuelle campagne d’évaluation des ressources halieutiques en Manche orientale et en mer du Nord, sont à peine descendus du navire océanographique Thalassa, le 14 février à Boulogne-sur-Mer, qu’ils ont fait part de leurs premiers résultats en présence de professionnels de la pêche. Avec précaution, car ces informations sont encore très lapidaires et les six navires scientifiques armés par les autres Etats ne sont pas tous rentrés1. Néanmoins, essentiellement à la lueur des indices d’abondance de juvéniles, on perçoit quelques tendances. «Dans l’ensemble, la situation n’est pas brillante, mais pas désespérée», prévient le chef de mission, Yves Vérin, responsable du Laboratoire des ressources halieutiques au centre Ifremer Manche-mer du Nord, basé à Boulogne. Les populations de juvéniles sont cette année globalement très moyennes.

D.R.

Sur le pont de la Thalassa, les halieutes Youen Vermard, Jean-Paul Delpech et le chef de mission Yves Vérin (Ifremer Boulogne-sur-Mer).

Dans le détail, on note des indices de recrutement médiocres pour l’églefin et le merlan, bas pour la morue et moins bons que l’an dernier pour le hareng et le sprat (même si ce dernier est au-dessus de la moyenne des dix dernières années). Seul le recrutement de tacaud norvégien est jugé bon. Tout cela est néanmoins à regarder avec prudence, car ces indices sont très fluctuants d’une année à l’autre. De même, ils sont à examiner en fonction des niveaux d’exploitation de la ressource halieutique, qui sont, eux, bien inférieurs à ceux d’il y a dix ans.

Evaluer la population et l’âge des poissons. Menée dans le cadre du programme IBTS (International Bottom Trawl Survey) coordonné par le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), cette campagne de la Thalassa, débutée à Brest le 15 janvier, a procédé le jour à 88 traits de chalut de fond (de 30 minutes, à une vitesse de 4 nœuds), la nuit à 85 échantillonnages au filet à larves, et au prélèvement de 4 000 à 5 000 otolithes (pour 16 espèces différentes), ces concrétions minérales trouvées dans l’oreille de poisson qui permettent de lire l’âge d’un poisson, comme l’exploitant forestier lit l’âge d’un arbre à partir des cercles concentriques observés sur la coupe de son tronc.

1. Les sept navires de recherche, qui utilisent la même méthodologie et les mêmes engins de pêche, se répartissent toutes les zones de la Manche et de la mer du Nord, selon un maillage par quadrilatère très rigoureux.

 

De Normale sup à Ifremer

Lyonnais d’origine et boulonnais d’adoption, Bruno Ernande faisait partie des 20 scientifiques embarqués à bord de la Thalassa. Cet halieute de 39 ans est diplômé de la prestigieuse Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Il est l’auteur d’une thèse de biologie au sein d’une unité mixte Ifremer/CNRS − le Centre de recherche en écologie marine et aquaculture (CREMA) à L’Houmeau près de La Rochelle −, avant de suivre un post-doctorat de mathématiques appliquées durant trois ans en Autriche. Embauché à Ifremer en 2004 comme chercheur en écologie halieutique à la station de Port-en-Bessin (Calvados), il est muté en 2010 au Laboratoire des ressources halieutiques de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) où il s’intéresse à l’écologie des poissons, des crustacés et des mollusques exploités en Manche et mer du Nord. «J’étudie les processus d’adaptation des individus à leur environnement naturel et aux pressions humaines, en travaillant à la fois à partir de données de terrain et de modèles prédictifs», explique-t-il à son retour de la mission IBTS fin janvier.

D.R.

L’halieute Bruno Ernande embarque fréquemment à bord des navires scientifiques de l’Ifremer.