"Un temps chez vous"

Les entreprises d’insertion, créatrices de richesses sociales, professionnelles et économiques

Publié dans l'édition Nord N. 8562 par

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

D.R.

Régis Dubois, président de l'entreprise d'insertion "Un temps chez vous", au sein de l'appartement témoin.

Actuellement, plus d’une soixantaine de femmes exclues du marché du travail et en grande difficulté sociale ont la chance de retrouver une lueur d’espoir. Même si effectuer des tâches ménagères à domicile n’était pas un rêve de petite fille, elles peuvent aujourd’hui reprendre le chemin d’une vie normale avec un bagage professionnel et un salaire.

Des exigences équivalentes à celles des entreprises classiques. La réinsertion sociale, tel est le leitmotiv d’«Un temps chez vous», une entreprise presque comme les autres, qui vise à préparer ses salariées au marché du travail classique. En neuf ans, 150 personnes ont été accueillies durablement pour une centaine de sorties, soit un retour vers l’emploi frôlant les 68%. Une réussite qui relève d’un système simple : la montée en compétences des salariées. Elles bénéficient d’un encadrement professionnel et social renforcé et adapté, entre autres, à leurs contraintes familiales afin de réaliser les prestations dans de bonnes conditions et répondre au mieux aux exigences de la clientèle. «Un temps chez vous» affiche donc près de 2 à 3 000 prestations par an, régulières ou ponctuelles, bénéficiant de la réduction fiscale de 50%, avec une qualité de service équivalente à celle de ses concurrents et un tarif compétitif. En effet, employer des personnes en difficulté n’est pas un frein au bon développement de cette structure et son créateur n’en démord pas. «Nous sommes d’abord une entreprise. La seule différence, c’est qu’elle emploie des salariées en difficulté sociale et professionnelle. C’est avant tout un projet social mais qui reste compatible avec une haute qualité de service, d’où l’importance de l’accompagnement qui doit prendre en compte les attitudes de services, les notions de sécurité, le sens de l’adaptation et le degré d’autonomie. ‘Un temps chez vous’ s’inscrit donc sur le champ de la concurrence. C’est juste un modèle parmi d’autres», assure Régis Dubois, le président de cette entreprise d’insertion qui n’est pas obligé de faire face à une pléiade de préjugés ou à des clients beaucoup plus méfiants. La réinsertion professionnelle se réalise ainsi en douceur, avec un cadre qui se rapproche de celui de la vie d’une entreprise classique. «On peut accepter quelques erreurs mais pas une mauvaise attitude. Notre objectif est de faire en sorte que les salariées soient en mesure un jour de se présenter auprès d’une structure classique et de s’orienter vers un emploi durable plus qualifié tel que l’assistance à domicile ou la garde d’enfants qui demandent des agréments spécifiques. A ce propos, nous collaborons avec l’AFPA pour permettre aux salariées de passer un certificat de qualification professionnelle», explique-t-il.

D’un appartement témoin unique vers une formation reconnue. Au dernier étage de ses locaux, l’entreprise a décidé, cette année, de recréer un appartement de toute pièce, répondant à un cahier des charges complexe, destiné à l’évaluation et à la formation des salariées. Un projet novateur, soutenu par l’Etat et la fondation FAPE-EDF. Les salariées sont ainsi confrontées à une mise en situation réelle, ce qui constitue une réponse innovante en termes de formation. «Si la salariée évaluée rencontre une difficulté particulière ou si un critère doit être amélioré, nous lui proposons une formation adaptée et ludique. Pour cela nous travaillons en collaboration avec l’université de  Lille 3 afin de mettre en place 30 modules de formation courts, qui seront suivis notamment lors de creux entre deux prestations. Les formations pourront également être dispensées par les salariées si elles en sont capables. Ce dispositif effectué en interne pour le moment recevra peut-être un agrément en 2014», précise le directeur.  Grâce à cette dynamique de formation, l’obtention d’un diplôme ou le choix d’un parcours encore plus qualifié sera ainsi facilité.

Souvent considérées comme une économie parallèle, les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) sont porteuses d’un projet économique viable et ont pour unique leitmotiv l’insertion des personnes écartées du marché du travail. Générant un produit de 380 millions d’euros, elles concentrent 33 058 salariés en région dans plus de 343 structures différentes. Les statuts relèvent soient d’une entreprise, soit plus généralement d’un modèle associatif comme les associations intermédiaires, les ateliers et chantiers d’insertion, les entreprises d’insertion et les entreprises de travail temporaire d’insertion ainsi que les régies de quartier. Économiquement innovantes, socialement efficaces, ces structures sont donc totalement intégrées dans le tissu économique local. Elles ont d’ailleurs fait l’objet d’une étude, il y a trois mois, afin d’améliorer leur impact et d’appuyer leur plus-value au sein de la société.