Les télés du Dunkerquois à la peine

Des modèles encore bancals

Publié dans l'édition Nord N. 8596 par

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 Sans public, pas de salut. Les téléspectateurs, mais surtout les pouvoirs publics qui restent totalement présents dans le fonctionnement des télévisions locales du Dunkerquois sont la clé de la réussite − ou simplement de l’équilibre − pour les médias locaux audiovisuels. Pour l’ASTV, sa dernière assemblée générale a mis en lumière une certaine léthargie : après le départ de six journalistes (vers Opal TV) et du directeur des programmes (qui aura coûté 57 000 euros à la direction) ces deux dernières années, celle qui fut la première télévision locale de France s’est essentiellement tournée vers le passé en mettant en ligne ses archives. Côté programme, «environ 2 heures 30 d’images fraîches par semaine» sont produites, d’après le conseiller du président, Patrice Vermeersch : soit à peu près la même chose qu’il y a deux ans… L’équilibre des comptes (542 000 euros de budget) ne cache pas une masse salariale proéminente malgré sept départs. La subvention municipale a baissé de 150 000 euros et un contrôle Urssaf en cours fait craindre un sévère redressement. Louis Baldan, son président, a remis en jeu son mandat.

 Opal TV en grande difficulté. A Dunkerque, la situation est encore plus difficile : les finances d’Opal TV pourraient la conduire au redressement judiciaire. Son directeur, Patrice Pèlerin, n’aura pas réussi son pari : après moins de deux ans d’exercice, Opal TV est exsangue. Malgré près de 800 000 euros de subventions publiques (abondées par les agglomérations et les villes-centres) et ses premiers pas dans la publicité (moins de 200 000 euros de recettes via son partenariat avec Weo), le budget de la chaîne a considérablement dérapé : 580 525 euros de pertes en 2012 sur 1,5 million de budget global… Moins d’un an après son lancement, on compte 700 000 euros de dettes cumulées. Dans une note en annexe remise aux administrateurs lors de l’AG du 30 septembre dernier, on lit que «dans le cadre du plan de financement réactualisé de la société, le maintien du principe de continuité d’exploitation pour l’établissement des comptes annuels dépend de la réalisation de l’opération de capitalisation envisagée pour la fin du premier semestre 2014, du maintien du niveau des charges d’exploitation et de l’atteinte des objectifs de recettes aujourd’hui relativement garanties». Mais la menace perdure : «En cas d’échec de l’augmentation de capital, la société ne pourra pas poursuivre son activité. La mise en place de solutions alternatives, telles que la cession d’actifs et la réduction des effectifs, conduiront à une cessation d’activité et une dissolution rapide.» La Ville de Dunkerque rachèterait bien les droits de certaines images (pour 120 000 euros frais de la régie commune de Weo), mais il faudrait que les actionnaires de la SEM TV Côte d’Opale remettent au pot. «La recapitalisation est faite aux deux tiers.On a encore 48 000 euros de capital à passer, avec les 211 000 euros qu’on a déjà. Mais ça ne suffit pas. Je rappelle qu’on a démarré la chaîne en mettant la charrue avant les bœufs», explique Patrice Pélerin, directeur d’Opal TV. Paradoxe, le succès est pourtant là : 3,8% d’audience après 1 an ; 8,1% de parts de marché régional. Opal TV touche 230 000 téléspectateurs. Les nouvelles recettes viendront de la Région qui, via la SEM Télés Nord-Pas-de-Calais, abondera aux alentours de 400 000 ou 500 000 euros par an. Les 14 actionnaires sont invités à alimenter le compte courant.