Le nouveau défi des Amis du fort d'Ambleteuse

Redonner de la vie à l’estuaire sauvage de la Slack

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8605 par

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A la fin de l’année 2012, pendant plusieurs mois les prairies et champs de la basse vallée de la Slack ont connu des inondations qui ont anéanti les productions des cultivateurs : betteraves, lin, céréales. Pour le docteur Jacques Méreau, qui a fêté ses 91 ans, le phénomène n’est pas nouveau : «c’est le barrage construit par l’empereur Napoléon pour alimenter en eau un port pour sa flottille à l’époque du camp de Boulogne qui est la cause principale de ces inondations», accuse-t-il. Pour s’en convaincre : l’observation de terrain, quelques notions de géographie et la lecture des plans disponibles, anciens ou contemporains. Dans le dernier bulletin de l’association, cet érudit démontre les causes et propose des solutions d’autant plus urgentes que le manque de débit de la Slack, retenue par l’écluse, entraîne à son tour l’ensablement de l’estuaire. Le curer sans cesse ne sert à rien : «Imaginons une baignoire dont le siphon est trop étroit : élargir le tuyau d’évacuation est inutile, il faut changer le siphon ou retrouver celui d’origine.»

D.R.

Pour les Amis du fort d'Ambleteuse, la restauration de l'estuaire est «un projet ambitieux, mobilisateur, fédérateur, mais raisonnable et réaliste».

Il suffirait donc de redonner à la Slack son ancien lit, qui courait autrefois à travers les dunes, pour lui permettre de retrouver sa pente naturelle et un effet de chasse dans la baie. Plusieurs obstacles se dressent pourtant sur sa route : l’ancien parc à huîtres et surtout 300 000 m3 de sédiments. Pour les mettre où ? «C’est un matériau naturel qui peut tout à fait combler le trou laissé par l’ancienne carrière de sable dans les dunes», répond son fils Jean-Yves, nouveau président de l’association. Il faudrait aussi permettre à la Slack de passer sous la RD 940. Rien d’insurmontable en somme.

Le mont Saint-Michel des gens du Nord. Pour convaincre les élus des bienfaits du projet, l’association avance plusieurs arguments : «Un aspect historique et patrimonial : unique en France au nord de Saint-Malo, le fort maritime sans son estuaire n’a plus de sens. Le fort Vauban, c’est notre mont Saint-Michel à nous les gens du Nord ! Un enjeu paysager ensuite : c’est le dernier estuaire naturel du Boulonnais. Biologique aussi : c’est un organisme vivant, complexe, qui nourrit la mer. Enfin, c’est surtout le moyen de réguler les inondations récurrentes de l’arrière-pays.»

«Si rien n’est fait, prévient Jean-Yves Méreau, d’ici cinq ans la baie est morte : c’est le dernier estuaire sauvage au nord de la France !»