Zoom sur les besoins en main-d’œuvre en 2015

79 900 embauches prévues cette année dans notre région

Publié dans l'édition Nord N. 8726 par

Selon les résultats de l’enquête Pôle emploi sur les prévisions d’embauche, les entreprises du Nord-Pas-de-Calais envisagent 79 900 recrutements en 2015. Cette étude sur les besoins en main-d’œuvre révèle son inégale répartition entre territoires, secteurs et structures.

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D.R.

Les intentions d’embauche diminuent sur le territoire régional : 600 projets de moins sur un an selon Pôle emploi.

Outil indispensable pour mieux connaître le marché du travail, l’enquête annuelle « Besoins en main-d’œuvre » permet d’anticiper les difficultés de recrutement, mais aussi d’améliorer l’orientation des demandeurs d’emploi vers des formations ou des métiers en adéquation avec les besoins du marché. Des objectifs essentiels puisque, malgré une légère progression de l’emploi au niveau national grâce au soutien des contrats aidés, le taux de chômage devrait repartir à la hausse et atteindre 10,6% mi-2015 à cause d’un accroissement un peu plus rapide de la population active.

A l’échelle régionale, le nombre de projets de recrutement annoncés par les établissements nordistes1 pour 2015 est en légère diminution avec 79 900 intentions d’embauche recensées. A noter que la proportion d’établissements envisageant de recruter (21%) est plus grande qu’en 2014 (19%). Ainsi, le nombre moyen de projets par établissement accuse une légère baisse, atteignant 3,7 projets en 2015 pour 4 en 2014. Au-delà de ces données générales, l’étude de Pôle emploi permet d’examiner en détail les intentions d’embauche dans la région.

Quelles intentions d’embauche en Nord-Pas-de-Calais ? Mauvaise nouvelle pour cette année 2015 : les intentions d’embauche diminuent sur le territoire régional : 600 projets de moins sur un an (-1%), une première depuis 2010. Cependant, même s’ils sont moins nombreux qu’en 2014, les projets de recrutement 2015 dépassent ceux de 2013. A signaler qu’entre 2010 et 2015, 7 000 supplémentaires ont tout de même été enregistrés au total. Près des deux tiers des projets en 2015 se rapportent à un emploi durable, soit concrètement un contrat à durée indéterminée (CDI) ou un contrat à durée déterminée (CDD) de plus de six mois. Ils n’étaient qu’un peu moins de la moitié en 2014.

Au niveau de nos territoires, deux tiers des intentions d’embauche sont concentrées sur le département du Nord, tandis que quatre projets sur dix émanent de la métropole lilloise. Sur un an, ils augmentent de 730 intentions. L’étude souligne qu’après la métropole lilloise, les bassins de Valenciennes, Dunkerque, Artois-Ternois et Lens rassemblent le plus de recrutements programmés, alors que les zones qui en projettent le moins sont celles de Cambrai, de la Sambre-Avesnois, de la Flandre-Lys et de l’Audomarois. Cependant, la localisation ne suffit pas pour connaître complètement le visage des entreprises souhaitant recruter en 2015.

Qui compte recruter et pourquoi. Ils sont 21 300 établissements envisageant de recruter en 2015 en Nord-Pas-de-Calais. Fait notable rapporté par l’enquête, plus la taille est importante, plus les établissements sont recruteurs. En effet, la part des structures avec des projets de recrutement passe de 15% pour celles comptant 0 salarié à 70% pour celles de 200 salariés et plus.

Dans la région, deux établissements sur dix envisagent de recruter en 2015. Pour les autres structures, quelles sont les raisons qui les dissuadent de franchir le pas ? Elles invoquent d’abord, pour près de neuf structures sur dix, des besoins inexistants, considérant leurs effectifs comme suffisants. A l’opposé, des entreprises (6 sur 10) souhaiteraient recruter, mais la conjoncture ne leur paraît pas suffisamment propice et le marché, peu porteur. Ou encore, pour d’autres organismes, leur situation financière n’est pas assez robuste pour embaucher.

De plus, certains secteurs paraissent plus enclins à envisager les recrutements que d’autres. Les établissements projettent plus souvent de recruter dans l’industrie agroalimentaire et l’agriculture (23%) et moins souvent dans la construction (16%). C’est ce dernier secteur qui enregistre la plus forte baisse (-2,8 points) du taux d’établissements recruteurs. Comme systématiquement tous les ans, un peu plus des deux tiers des intentions d’embauche se concentrent dans les services. On retrouve pas moins des deux tiers des projets dans six secteurs d’activité : santé humaine et action sociale, services scientifiques, techniques, administratifs et de soutien, administration publique, enseignement ainsi que les autres activités de services (coiffure et soins de beauté, services funéraires, etc.).

Cependant, les projets de recrutement dans l’industrie manufacturière sont ceux qui augmentent le plus rapidement sur un an comme sur cinq. Ils se distinguent ainsi des autres secteurs d’activité. Pourquoi ? Car, depuis plusieurs années, elle est bien plus confrontée que les autres à la question du renouvellement de ses effectifs. Ses salariés sont plus âgés que dans l’ensemble des secteurs, alors qu’elle reste un secteur peu attractif. De plus, il est nécessaire pour cette industrie de recruter une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée. Il existe ainsi des métiers en quête de bras, ils sont nombreux.

Manque de main-d’œuvre. A l’image des années précédentes, la plupart des métiers les plus recherchés dans la région sont des métiers du secteur tertiaire, venant des services (agents d’entretien, aides à domicile, agents d’accueil), de la vente et de la distribution (caissiers, employés de libre-service, vendeurs en habillement et télévendeurs) ou bien encore de la restauration (employés polyvalents de cuisine et serveurs). Pôle emploi rapporte ainsi que les 15 métiers les plus recherchés représentent 44% des projets de recrutement régionaux, même si au total 189 métiers différents sont demandés dans la région.

On retrouve l’industrie manufacturière et la construction comme les deux secteurs les plus frappés par les difficultés de recrutement. Respectivement 34 et 49 projets sur 100 sont annoncés avec une problématique d’embauche. Malgré cette situation sectorielle, les employeurs pensent avoir moins de difficultés à recruter en 2015 qu’en 2014 : pour 28% des projets d’embauche, ils estiment qu’ils vont rencontrer des obstacles pour trouver un candidat, alors qu’en 2014 cette part s’élevait à 33%. De surcroît, les entreprises ne sont pas à égalité face à ces contraintes au recrutement. En effet, les établissements de grande taille (à partir de 100 salariés) pressentent nettement moins de difficultés (19%) que les autres entreprises, se situant tous dans une tranche de 30 à 34%. On retrouve de fortes difficultés de recrutement ressenties dans le bassin de Douai, les plus faibles dans celui de Calais.

Moins de saisonniers. Dans notre région cette année, la saisonnalité des projets de recrutement baisse : seuls 26% répondent à des besoins saisonniers contre 28% en 2014. L’industrie agroalimentaire et l’agriculture comptabilisent encore la plus importante part de projets saisonniers (71%), devant le commerce (25%) et les services incluant l’hôtellerie-restauration (24%). La construction et l’industrie manufacturière recrutent, au contraire, très peu pour des besoins saisonniers avec 9% et 7% de projets de ce type chacune.

Ce riche baromètre dévoilé par Pôle emploi met en lumière la situation actuelle du marché du travail en Nord-Pas-de-Calais, les décalages offre/demande recensés et les opportunités d’embauche. En effet, de nombreux recrutements n’exigent pas une formation ou une qualification élevée (aides à domicile, serveurs, etc.). On trouve d’autres métiers, aisément accessibles avec une formation technique ou par la voie de l’apprentissage, en proie malheureusement à des difficultés de recrutement. Leur mauvaise image ne doit pas faire oublier qu’ils constituent aussi des chances d’emploi à l’issue de formations. Adapter l’offre et la demande sur le marché de l’emploi, tel est l’objectif poursuivi au travers de ce baromètre.

 1. Le champ de l’enquête BMO 2015 couvre l’ensemble des employeurs hors administrations de l’Etat et entreprises publiques, soit un total de 103 530 établissements pour le Nord-Pas de Calais (extraits du répertoire SIRENE). Après échantillonnage, 72 300 ont été interrogés cette année, dont 18 380 qui ont répondu au questionnaire, soit un taux de retour de 25,4%. Les résultats ont été redressés pour être représentatifs de l’ensemble des établissements de la région.