Projet d’une usine à pellets dans le sud de l’Avesnois

Elle vise les 120 000 tonnes par an

Publié dans l'édition Nord N. 8731 par

La commune d’Anor et la communauté de communes Sud-Avesnois soutiennent ce projet industriel porté par le groupe lillois Jeferco. Un collectif d’habitants s’y oppose.

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C’est dans l’actuelle zone d’activité du hameau Saint-Laurent, à Anor, qu’est prévu ce projet de site industriel de fabrication de granulés de bois.

C’est dans l’actuelle zone d’activité du hameau Saint-Laurent, à Anor, qu’est prévu ce projet de site industriel de fabrication de granulés de bois.

Ce projet d’usine à granulés de bois (ou pellets) dont il est question à Anor − la commune la plus au sud du département du Nord − a connu sa phase administrative active en 2014. Avec la délivrance du permis de construire (21 mars), l’avis favorable de l’autorité environnementale (3 avril), l’enquête publique (du 2 juin au 2 juillet) et enfin l’arrêté préfectoral (18 décembre). En cette fin de printemps 2015, on parle d’un démarrage des travaux au cours du deuxième semestre de cette année.

Site industriel avec centrale biomasse. Ce projet est porté par le groupe lillois Jeferco, présidé par Jean-François Rosado, un groupe spécialisé dans l’éolien et le pellet. Il consiste à construire sur la zone d’activité Saint-Laurent, un hameau d’Anor, un site suffisamment vaste (entre 6 à 7 hectares et 13 hectares d’emprise) pour stocker la matière première (le bois donc) et réaliser toutes les étapes de sa transformation en pellets. Une centrale biomasse doit être édifiée. Il s’agirait de la plus grande de France. Selon le projet, des camions achemineraient la matière première et des trains repartiraient avec les pellets en vrac, à condition bien sûr que le raccordement ferroviaire obtienne les accords nécessaires.

Cette usine est comparable par son ampleur (120 000 tonnes de pellets par an de capacité) à celle de Cosne-sur-Loire, qui a vu le jour fin 2013 et revendique, pour l’instant, le titre de plus grande de France.

 Soutien des élus. Le groupe Jeferco bénéficie du soutien politique des élus d’Anor et de la Communauté de Communes Sud-Avesnois (CCSA) où l’on retrouve Jean-Luc Pérat, maire de la première et président de la seconde. L’Intercommunalité s’occupe de la maîtrise foncière, de la réalisation des voiries (dont le raccordement ferroviaire) et de trouver les subventions publiques.

Pour l’instant, le groupe Jeferco et la CCSA se montrent discrets sur leur partenariat financier et technique. Officiellement, il s’agirait de trouver 16,5 millions pour un projet dont il est dit qu’il créerait 26 emplois, mais pas tous locaux.

Un collectif s’y oppose. Ce projet (qui semble faire l’unanimité chez les élus), ainsi que la procédure administrative sont contestés par un collectif d’habitants, futurs riverains de l’usine. Animé par Laurent Caux, le collectif « Anor Nature » espère parvenir à saisir la justice administrative afin de faire suspendre les travaux dans un premier temps, puis d’annuler l’arrêté préfectoral d’autorisation dans un deuxième. Il met notamment en cause les conditions de la concertation (non contradictoire) et la façon dont les questions environnementales (espèces protégées, hydraulique, pollution de l’air, nuisances, etc.) ont été abordées.

Les habitants déplorent qu’un tel projet, aux contours si flous, puisse voir le jour dans une commune du parc naturel régional de l’Avesnois. Le collectif doute aussi de l’intérêt qu’il présente pour le territoire. À ces questions s’en ajoutent d’autres sur la viabilité économique du projet.  

 Deux échecs. Le projet d’Anor s’appuie en effet sur l’engouement actuel pour le pellet, le « bois énergie » et sur l’opportunité d’obtenir des subventions publiques. Rappelons que ces dernières années, dans le sud de l’Avesnois, deux projets (avec volet public et volet privé) ont connu l’échec. Ceux-ci devaient, selon les élus, relancer une filière locale autour de la pierre bleue (l’unité de découpe à Wallers-en-Fagne a été arrêtée) et une autre autour du bois de construction (l’usine de traitement chimique des grumes à Anor n’a jamais vu le jour).

Des financements publics avaient pourtant été accordés dans le cadre d’un pôle d’excellence rural et les intercommunalités de l’époque (aujourd’hui fusionnées) avaient aussi engagé de l’argent public. Les espoirs des élus avaient été vite contredits par les réalités économiques.