Forum du rebond

Changer le regard sur l’échec des entrepreneurs

Publié dans l'édition Nord N. 8832 par

Plus de cinq cents personnes ont participé, mi-mai, au premier Forum du rebond, organisé à la Cité des échanges. Une initiative de l’association 60 000 Rebonds, qui vient en aide aux entrepreneurs ayant connu un dépôt de bilan. Et entend bien changer le regard sur l’échec.

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Mettre la clé sous la porte, une expérience infamante, dont un chef d’entreprise ne pourrait pas se remettre ? Mille fois non, rétorque l’association 60 000 Rebonds, qui tente de déconstruire le cliché du chef d’entreprise au flair infaillible et à la chance insolente, à qui tout réussit. Les échecs font partie de la vie de ceux qui entreprennent et peuvent devenir des expériences fondatrices… à condition d’être capable d’avancer et de passer à autre chose. Car, sinon, le risque est grand de se retrouver dans une spirale destructrice, prévient Guillaume Mulliez qui a fondé 60 000 Rebonds en 2012. « J‘évoque souvent les ‘7D’ qui menacent les chefs d’entreprise en difficulté : déni, dépôt de bilan, dette personnelle, déménagement, divorce, dépression, décès. La fin d’une entreprise, c’est une expérience éprouvante, qui peut avoir des conséquences sur tous les pans de la vie. Et dans ces situations, les chefs d’entreprise se retrouvent très souvent seuls, quand le téléphone ne sonne plus et que l’agenda reste vide. Notre mission, c’est d’accueillir ces boxeurs K.O., de les écouter avec bienveillance et de mettre en place des solutions pour que très vite leur situation se normalise et qu’ils puissent rebondir, soit en trouvant un emploi salarié, soit en repartant sur un projet de création d’entreprise. »

Apprendre de ses erreurs. Accompagnés par des parrains et par des coachs, les entrepreneurs malheureux sont aidés à analyser les raisons de leur échec pour en tirer le meilleur parti et éviter les mêmes erreurs à l’avenir. Un exercice forcément difficile mais salutaire, comme ont pu en témoigner, sur scène, plusieurs chefs d’entreprise en faillite. Comme ce fondateur d’une enseigne de décoration, évoquant courageusement les « trois années de cauchemar » qui ont précédé son dépôt de bilan, après une création de magasin mal pensée. « On tente tout pour sauver la société, trouver un repreneur, verser les salaires. Jusqu’au moment où ce n’est plus possible, c’est la cessation de paiement, puis le dépôt de bilan. Après, tout va très vite, et c’est fini presque du jour au lendemain« , témoigne le quadragénaire, visiblement encore très secoué. Une essoreuse dans laquelle est aussi passé cet autre dirigeant, déjà remis d’aplomb et lancé sur d’autres projets après la fermeture de son entreprise de vaisselle jetable. « Les derniers moments, c’est une angoisse permanente. Il faut réussir à garder les troupes motivées malgré leur inquiétude, les soutenir aussi dans une période qui est compliquée pour tout le monde. Après la liquidation en revanche, c’est le grand vide.« 

« C’est le moment où il est à la fois très important et très difficile de bien gérer l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, analyse Zélie Willem, coach au sein de l’association. Notre rôle, c’est de les aider à faire la part des choses, à comprendre que la faillite de leur entreprise n’est pas un échec personnel, qu’ils ne sont pas leur échec. C’est à partir de là qu’ils peuvent se faire à nouveau confiance. » Et se mettre à nouveau en action, pour laisser loin derrière eux leur expérience malheureuse. 

D.R.

Les témoignages de chefs d'entreprise "en rebond" se sont succédé sur scène pendant la soirée.