adb - Agencement de boysère à roubaix

Un troisième repreneuret de nouveaux objectifs

Créée en 1970 par Alain de Boysere, la
menuiserie de Boysere connaît son troisième
repreneur. Arnaud Pilat, entrepreneur dans
l’âme, a eu le coup de foudre pour l’entreprise et
l’équipe. S’il évoque son ambition, il parle aussi
de son expérience précédente de porteur de
projet dans le monde de la recherche et adresse
un message aux pouvoirs publics.

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“La clef du succès de la reprise repose sur une parfaite adéquation entre le cédant et le repreneur. Il ne faut pas de rupture.” Arnaud Pilat.
“La clef du succès de la reprise repose sur une parfaite adéquation entre le cédant et le repreneur. Il ne faut pas de rupture.” Arnaud Pilat.

 

“La clef du succès de la reprise repose sur une parfaite adéquation entre le cédant et le repreneur. Il ne faut pas de rupture.” Arnaud Pilat.
“La clef du succès de la reprise repose sur une parfaite adéquation entre le cédant et le repreneur. Il ne faut pas de rupture.” Arnaud Pilat.

Ça commence à devenir trop petit, annonce Arnaud Pilat au cours de la visite de ses ateliers de près de 1 000 m2, rue de la Chaussée à Roubaix. J’aimerais trouver un local plus grand mais à proximité car mes collaborateurs n’habitent pas très loin et je tiens à garder ce confort.” Ce gérant porte une grande attention à son équipe de 17 salariés qu’il a gardée après la reprise, en 2011. Il s’y est intégré et les ressources humaines constituent pour lui le secret de la réussite. Dans l’atelier sont conçus des aménagements d’une part pour le particulier et, d’autre part, pour les boutiques, agences bancaires, restaurants franchisés, habitat social, etc., le marché pour le particulier n’atteignant que 18 à 20% du chiffre d’affaires et pour des réalisations moyen et haut de gamme. ADB ne réalise que du sur-mesure et travaille essentiellement sur la région du Nord-Pas-de-Calais. Elle honore des commandes également sur Paris et sur toute la France, notamment pour des enseignes franchisées. Le bois provient en majorité de Scandinavie, via des fournisseurs situés sur le parc de la Pilaterie à Wasquehal. Mais ADB utilise aussi du bois stratifié et y allie le métal, le verre, l’alu. Les odeurs de bois embaument le lieu et enchantent le nouveau gérant qui y trouve un certain retour vers ses racines. En effet, Arnaud Pilat est issu d’une famille du monde agroalimentaire. Son père, arboriculteur près de la Garonne, dirigeait une société de près de 20 personnes. “J’ai toujours eu en moi le germe du dirigeant d’entreprise et même quand j’étais salarié, je menais mes missions comme si j’en étais le dirigeant. Je suis foncièrement indépendant.” Avec tout l’engagement personnel que cela implique.

Une expérience précédente dans le monde de la recherche : un message pour les pouvoirs publics. Après avoir suivi une formation en école de commerce, Arnaud Pilat travaille auprès de L’Oréal puis chez Schering où il s’occupe du marketing de l’imagerie médicale. Il côtoie le monde médical et des laboratoires et en reste fasciné. Une formation CPA auprès du Cepi lui permet de faire le point sur sa carrière, ses compétences et objectifs. Il quitte Schering en 2005 et se lance dans un projet R&D ambitieux : il accompagne la commercialisation d’une startup allemande qui développe un système d’imagerie innovant. L’association dure trois ans. La société est rachetée par une multinationale. “Je suis parti dans de bonnes conditions. J’y avais apprécié le challenge.” Cet homme de conviction en relève un autre rapidement. Il s’associe à un médecin qui a trouvé une molécule contre la septicémie afin de trouver des partenaires pharmaceutiques. Le parcours du combattant commence. “J’ai beaucoup appris. Je suis souvent passé pour un hurluberlu. Je me souviens d’un jour où je me suis présenté à des chercheurs de l’université Joseph-Fourier de Grenoble. Alors que j’évoquais notre brevet, ces derniers en ont sorti tout un paquet d’un tiroir. Ce n’étaient que des projets de qualité permettant de faire évoluer le monde médical. Ils restaient lettre morte, faute de fonds. Aux Etats-Unis, pour un même projet 3 millions de dollars sont octroyés alors qu’en France, il faut se battre et convaincre. Pour le chercheur, c’est difficile. Nous avons autant de têtes pensantes qu’ailleurs. Le problème est que, en attendant la commercialisation d’une innovation, il faut pouvoir vivre. Le chercheur doit faire le deuil d’une rémunération quelconque pendant au moins cinq ans. Il faudrait aussi que cesse la concurrence entre les centres de recherche car, en étant divisés, on ne peut être forts. En Allemagne, le travail en clusters favorise l’émergence de l’innovation. Si Oséo accompagne positivement de nombreux projets, il manque sans doute une vraie implication des pouvoirs publics et une meilleure compréhension des enjeux économiques et sociaux de la recherche.

Une reprise réussie et des objectifs. Si Arnaud Pilat reste persuadé du bien-fondé de ce secteur de la R&D, à 52 ans et avec une famille de quatre enfants, il lui faut garder la tête sur les épaules. C’est ainsi que, dans le même temps, en 2011, il songe à reprendre une entreprise. “J’ai pris contact avec Réseau entreprendre Nord et ai assisté à ses K’faits reprises. Une fois la lettre de cadrage de mon projet de reprise écrit, j’ai recherché une société qui correspondait à mes aspirations.” La rencontre avec le cédant, Eric Lorthiois, a été un coup de foudre réciproque. Le métier de ce dernier correspondait avec les valeurs du repreneur. “La clef du succès repose sur une parfaite adéquation entre les valeurs de l’un et de l’autre, de façon à ce qu’il n’y ait pas de rupture”. Et d’ajouter : “Un dîner avec nos épouses respectives a été déterminant. Dans le cas d’une reprise, il existe tellement d’éléments subtils qui conditionnent la signature finale. Nous étions sur la même longueur d’ondes. J’ai eu la chance d’avoir été suivi et formé par Eric Lorthiois et ai obtenu l’adhésion des équipes. J’apprends tous les jours et je suis heureux, finalement, de me retrouver dans mon domaine initial, proche de la nature, car le bois est un matériau vivant. L’entreprise a un vrai potentiel et bénéficie d’une bonne image. De plus, comme mon rêve était d’être architecte, je m’y sens bien car nous dessinons chaque jour de nouveaux agencements.” Bien entendu, si ADB garde son empreinte génétique, le nouveau gérant veut aller plus loin encore et doter l’entreprise de certains défis. Elargir son marché, trouver une solution pour recycler les déchets du bois, ajouter un volet environnemental original, communiquer davantage… Ce récent lauréat du Réseau entreprendre Nord sait pouvoir compter sur ses salariés et sur le réseau qui le soutient. Il sait aussi apprécier le travail de ses prédécesseurs et il connaît l’importance d’un fort investissement personnel et des capacités à s’adapter.