6e édition de l'Université des entrepreneurs Hauts-de-France

L’IA, cette révolution que les entreprises doivent s’approprier

75% des dirigeants connaissent l’IA (intelligence artificielle) mais seuls 20% d’entre eux déclarent en faire une priorité. Pourtant, l’IA commence à être intégrée dans le quotidien des entreprises et le sera de plus en plus. Pour déverrouiller les craintes des entrepreneurs et faire de l’IA une réalité, cette 6e édition de l’Université des entrepreneurs a voulu lever le voile.

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La sixième édition des Universités des entrepreneurs Hauts-de-France s'est ouverte sur le thème de l'intelligence artificielle.

Près de 100 participants étaient réunis le jeudi 4 juillet, à Entreprises et Cités, pour un rendez-vous placé sous le signe de l’IA. Avec pour thème «Et l’Homme créa l’IA», le Medef Hauts-de-France a voulu que les entrepreneurs s’approprient ce sujet, tout en restant fascinés par ces transformations que certains qualifient de quatrième révolution industrielle. Comment appréhender l’impact de l’IA sur le business model ou sur l’organisation de l’entreprise ? Autour de conférences, de master classes et de démonstrations innovantes, cette 6e édition a été l’occasion de balayer la thématique et de s’inspirer de la learning expedition d’une délégation de 60 acteurs économiques, institutionnels, universitaires, élus, etc., qui vient de s’achever en Israël, la «start-up nation».

Vers l’émergence de nouveaux métiers

Alors que la Chine estime le marché de l’IA à 150 milliards de dollars à horizon 2030, dans le quotidien des chefs d’entreprise, pas toujours facile de savoir comment et pourquoi l’appliquer. Pierre Giorgini, président-recteur de l’Université catholique de Lille, pose aussi la question de l’éthique : l’IA peut-elle être éthique ? Comment faire en sorte que ces technologies ne soient pas manipulées à des buts contraires aux valeurs qu’elles défendent ? «L’éthique est avant tout un moteur de développement et n’en est pas un frein. Ce qui m’inquiète le plus sur l’IA, ce sont plutôt les récits magiques qu’il y a autour. Nous allons être confrontés à des choix de développement à la fois sur l’IA et sur l’éthique. Nous sommes aujourd’hui face à une économie de l’intensité créative et non plus à une économie productive.» Et de rappeler qu’en 60 ans, 16 millions d’emplois ont migré du secteur secondaire au secteur tertiaire. «Il est évident que des métiers vont émerger. Je ne crois pas à une société sans travail, mais c’est clair qu’il y aura une hybridation du monde du travail», poursuit-il. Jean-Philippe Desbiolles, vice-président, IBM Cognitive Solution France – surnommé le «French Doctor Watson» par Forbes Magazine, aujourd’hui à la tête de l’ensemble des équipes de transformation autour des enjeux majeurs : IA, IoT, blockchain, big data… –, ne se veut pas alarmiste : «Limiter l’IA à du marketing serait une erreur. Nous sommes entrés dans une quatrième révolution industrielle, mais ne soyons pas obsessionnels. L’IA, c’est avant tout des sciences humaines et cognitives.» Celles et ceux qui pensaient être managés par des robots peuvent donc être rassurés : le capital humain devrait sortir grandi de ces systèmes et de ces collaborations entre robots et humains.  Et Jean-Philippe Desbiolles de compléter : «L’IA n’est pas magique, ce n’est pas une boîte à fantasmes mais une matière qui nécessite du travail humain. On ne peut pas déresponsabiliser l’humain.»

«Limiter l’IA à du marketing serait une erreur.»

75% des dirigeants considèrent que l’IA devrait améliorer les performances de leur entreprise. Mais, concrètement, comment l’appliquer quand on est dirigeant d’une TPE ou d’une PME ? Autant de questions qui ont été soulevées lors des «workshops créatifs», autour de cinq catégories : éducation&formation, écologie, citoyenneté&civisme, business et management. Les conseils de spécialistes sont simples : prendre contact avec des universités (qui ont développé de nombreuses chaires de recherche sur le sujet) ou des informaticiens. «L’IA est l’étape suivante de ce qui se passe déjà aujourd’hui. Les managers doivent être formés et accompagnés», préconise Grégory Renard, chief officer chez XBrain et régional expatrié en Californie où son entreprise est implantée. XBrain développe une plateforme conversationnelle et d’auto-apprentissage pour le B to B. Si l’IA fascine par ses prouesses technologiques, pour autant, elle ne doit pas être appréhendée à la légère. L’adaptation des entreprises à ces nouveaux modes de fonctionnement ne pourra se faire que si chacun anticipe les bouleversements engendrés dans son organisation.