Entretien avec Jean-Noël Verfaillie avant la COP25 à Madrid du 2 au 13 décembre

«Inclure les villes dans les enjeux climatiques»

Jean-Noël Verfaillie se déplacera à la COP25, la conférence de l’ONU sur le climat. Conseiller départemental du Nord (canton de Marly près de Valenciennes) et vice-président de la commission Environnement du Comité européen des régions, il souhaite faire entendre la voix des villes et collectivités, dans cette lutte contre le réchauffement climatique.

© Sergii Figurnyi
Jean-Noël Verfaillie
« Près des trois quarts des actions menées contre le réchauffement climatique sont réalisées par les collectivités locales », souligne Jean-Noël Verfaillie.

La Gazette : Pourquoi la COP25 est-elle importante dans ce calendrier de la lutte contre le réchauffement climatique ?

Jean-Noël Verfaillie : Ce rendez-vous annuel existe depuis 1995. Son rôle a été renforcé lors de la COP21 avec la signature de l’Accord de Paris de 2015. C’est le plus gros traité de l’ONU quasi universel, qui donne pour objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C. Dans un contexte socio-politique de prise en compte de plus en plus forte des enjeux environnementaux, c’est devenu un événement incontournable. Et ce, d’autant plus qu’il y a une pression des citoyens sur les politiques à propos de ces sujets.

Que peut-on attendre de ces rencontres ?

C’est d’abord un rendez-vous technique pour la mise en œuvre concrète de l’Accord de Paris. Il y a de fortes attentes pour que cela aille plus vite. Certes, le retrait des États-Unis de l’Accord avait fait beaucoup parlé. Mais sur 197 pays invités aux COP, il y en a tout de même 187 qui sont signataires de cet accord. Et cette année, une focale sera mise sur le rôle des océans. On appelle ce rendez-vous la « Cop bleue ».

Quel sera votre rôle sur place ?

J’ai une double casquette. Je suis membre du Comité des régions au titre de mon mandat de conseiller départemental. C’est pourquoi je me déplace à la COP au titre de vice-président de la commission Environnement du Comité européen des régions. Je vais participer à des conférences avec des intervenants de haut niveau et à des ateliers plus petits, avec des acteurs publics et des maires du monde entier, sur des thématiques très variables : traitement de l’eau, gestion des déchets… L’objectif est de montrer aussi l’importance d’inclure les villes et autorités locales dans ces enjeux climatiques. Actuellement, 70% du réchauffement climatique se fait au sein des enceintes des villes : transports, logements, entreprises. Donc, forcément, ce sont des acteurs incontournables dans ces politiques publiques.

Centre technique municipal de Loos-en-Gohelle équipé de panneaux solaires
Centre technique municipal de Loos-en-Gohelle, équipé de panneaux solaires en vue d’une autonomie énergétique de la ville.

Il faut davantage les entendre durant les négociations ?

On ne le sait pas forcément, mais près des trois quarts des actions menées contre le réchauffement climatique sont réalisées par les collectivités locales. C’est souvent réalisé avec l’aide de leurs États, mais aussi avec les moyens du bord, dans un cadre peu structuré pour l’instant. C’est important pour nous d’avoir une reconnaissance de notre action, de nous donner un cadre et des financements.

Prairie plantée par l'Etablissement Public Foncier, dans l'attente de réhabilitation de l’ancien site de l’usine Arc International à Arques
Prairie plantée par l’Etablissement public foncier dans l’attente de la réhabilitation de l’ancien site de l’usine Arc international à Arques.

En quoi votre déplacement peut-il être utile à notre territoire ?

On y va aussi avec des expériences locales à partager, comme les actions menées en termes de mobilité, la reconquête des friches industrielles pour éviter la déforestation et l’emprise sur les terres agricoles. Et là-bas, nous pourrons aussi nous inspirer des réalisations d’autres acteurs, de collectivités. Il y aura des bonnes idées à prendre aussi.

Certaines PME de la région qui s’étaient déplacées aux précédentes COP n’y vont plus : elles estiment que cela ne leur a rien apporté. N’est-ce pas un rendez-vous trop institutionnel ?  

Il l’est par essence ; c’est un rendez-vous des Nations unies, c’est extrêmement institutionnel. Mais si on n’est jamais présent, on court le risque de ne pas être entendu. Je pense que c’est important que tous les acteurs, publics et privés, soient présents, soient très en amont sur les sujets environnementaux pour éviter ensuite des mesures prises par les politiques publiques déconnectées des attentes des citoyens.

Avec les USA en retrait de l’Accord de Paris et un duo USA-Chine en panne, n’est-ce pas l’occasion pour l’Europe de reprendre le dessus dans les négociations de cette COP ?

Reprendre le dessus pour l’Europe, ce n’est pas forcément l’ambition. L’UE est la puissance continentale qui a déjà les objectifs les plus ambitieux et qui, dans sa mise en œuvre de toutes les réglementations climatiques, est la plus avancée. Se faire entendre vis-vis des autres, c’est un rôle diplomatique que l’on a depuis toujours. Mais on voit que l’axe UE- Chine peut être un partenariat intéressant.

 

Qui se déplacera ?

La 25e Conférence des parties à la convention des Nations unies sur le changement climatique se fera sous présidence chilienne ; 25 000 personnes sont attendues. Cette COP madrilène, encore technique, doit préparer celle de 2020 au Royaume-Uni durant laquelle entrera en vigueur l’Accord de Paris. Un rendez-vous primordial, après la COP21 de 2015. Les pays signataires se sont en effet engagés à relever leurs actions climatiques car, actuellement, les contributions nationales climatiques nous mènent à un réchauffement de plus de 3°C, contre 2°C espérés. La région sera représentée par Jean-Noël Verfaillie, mais aussi par Jean-Baptiste Dollé, chef du service environnement de l’Institut d’élevage à Arras, Nicolas Imbert, président du conseil scientifique du Learning Center Ville durable de Dunkerque, Manuel Cira, responsable développement international de Nausicaà sur la question des océans, ou encore Jennifer de Temmerman, députée de la 15e circonscription Nord.

Jennifer de Timmerman Crédit : Assemblée Nationale 2019
Jennifer de Temmerman (Photo Assemblée nationale 2019).

Jennifer de Temmerman, députée de la 15e circonscription Nord, membre de la commission DDAT (développement durable et aménagement du territoire) et coprésidente du groupe d’étude sur les objectifs de développement durable
«À mon sens, les objectifs climatiques y sont essentiels, et non unique objet, pour une vision globale et synergique et une meilleure acceptation des efforts à consentir. Les États doivent porter des ambitions plus importantes pour respecter l’Accord de Paris. Les océans, l’Antarctique, la biodiversité, les forêts, l’adaptation, les villes, les énergies renouvelables, l’économie circulaire, la mobilité électrique doivent être au cœur des négociations et des engagements. L’ambition, donc, sera l’enjeu majeur de la COP25 pour que renaisse l’espoir.»

Jean-Baptiste Dollé Chef du service environnement de l'Institut de l'élevage à Arras
Jean-Baptiste Dollé.

 

 

 

 

 

Jean Baptiste Dollé, Chef du service environnement de l’Institut de l’élevage à Arras
«Nous allons présenter à la Cop notre méthodologie Carbon Agri, labellisée Bas Carbone par le ministère, qui accompagne les éleveurs pour diminuer leurs émissions de GES. Une stratégie déjà mise en oeuvre en France auprès de 12 000 élevages, soit 10% de la filière, et qui pourrait s’étendre à six autres pays de l’UE.»

Manuel Cira © UNESCO/P. Chiang-Joo
Manuel Cira © UNESCO – P. Chiang-Joo

Manuel Cira, responsable développement international de Nausicaà sur la question des océans
«Pour la première fois en 2019, le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a enfin publié un rapport sur les océans. C’est pourquoi cette COP25 est une ‘COP bleue’ durant laquelle la thématique sur les océans sera encore plus débattue. Je participerai aux événements proposés par l’ONG Réseau Océan mondial, cofondé par Nausicaà, qui promeut l’utilisation durable des océans, et par le Global Ocean Forum qui encourage la gouvernance globale des océans. Pour ma part, je témoignerai des attentes du grand public dans ces domaines. C’est aussi l’occasion de prendre des contacts. Au-delà des négociations officielles de la COP, ce rendez-vous est un catalyseur d’initiatives, où l’on peut rencontrer une foule de partenaires, scientifiques, ONG, politiques, universitaires.»