Alors que l’épidémie de Covid-19 bouscule le quotidien de tous, l’activité des entreprises est mise à mal par cette crise d’une ampleur inédite. La Région a récemment débloqué 50 M€ pour venir en aide aux entreprises les plus en difficulté, avec des reports de charges et des allègements d’échéances de prêts. Parmi les secteurs les plus impactés, les hôtels-cafés-restaurants (HCR), l’événementiel, le commerce de détail et le commerce interentreprise.

L’enquête a été réalisée avant le pic de l’épidémie de Covid-19 et déjà 61% des entreprises interrogées ressentaient un impact sur leur activité1. Ainsi, « 84% des dirigeants étaient déjà inquiets alors que les mesures de confinement n’avaient pas encore été prises. Aujourd’hui, il est clair que tous les secteurs d’activité sont impactés« , détaille Grégory Stanislawski, directeur du service Études de la CCI régionale. En premier lieu et de façon assez logique, l’impact majeur reste la baisse du chiffre d’affaires pour 64% des dirigeants, la baisse de la fréquentation (39%), l’annulation ou le report de rendez-vous (39%) ou encore l’annulation de participation à des salons/conférences (30%).

Un vrai coup dur alors même que de nombreuses entreprises – notamment du secteur des HCR et du commerce – subissent déjà, depuis deux ans, les impacts du mouvement des Gilets jaunes et les grèves de la fin d’année 2019. Depuis janvier 2020, la CCI Hauts-de-France avait déjà observé une baisse moyenne de 14% du chiffre d’affaires, avec des pics à -22% pour l’hôtellerie-restauration, -17% pour le commerce de détail et -15% pour le service aux particuliers. Difficile également pour la logistique qui affiche une baisse de 14% de son chiffre d’affaires sur cette même période, alors même que ce secteur est une vraie locomotive régionale.

Les entreprises doivent aussi s’adapter aux nouvelles façons de travailler et de maintenir l’activité. Crédit photo Alterfines

-20,3% de chiffre d’affaires pour l’Oise

Premier département à avoir été touché par le Covid-19, l’Oise, qui souffre particulièrement avec une baisse de chiffre d’affaires en moyenne de 20,3%, avant même les mesures de confinement. « Il y a une vraie différence avec la crise de 2008, venue de la finance et qui s’est étalée à l’économie réelle. Avec le Covid-19, c’est l’économie réelle qui va essaimer dans l’économie de la finance. Il faut éviter les dégâts au niveau des TPE et des PME, gravement touchées« , poursuit Grégory Stanislawski. Parmi les difficultés rencontrées par les entreprises – en plus de celle de la gestion de leurs salariés et des nouvelles façons de travailler –, 27% des dirigeants interrogés importent habituellement des marchandises en provenance des pays concernés par le virus et envisageaient à 54% de chercher d’autres marchés d’approvisionnement, laissés pour l’instant en suspens en fonction de la propagation de l’épidémie. « On peut dire que cela profite au e-commerce qui, malgré tout, doit imaginer d’autres systèmes de livraison, avec par exemple des box. »

Alors que le Gouvernement a annoncé un plan de soutien à l’économie et à l’entreprise de l’ordre de 45 milliards d’euros, la Région s’est elle aussi mise en état de marche : le 12 mars, Xavier Bertrand annonçait le déblocage de 50 M€ pour soutenir les entreprises régionales. « Hauts-de-France prévention a également été assoupli et modifié pour apporter de la trésorerie. Il en est de même pour le Fonds de premier secours ou encore des aides de Bpifrance (voir encadré). Du côté de la CCI Hauts-de-France, nous avons mis en place une adresse mail (covid19@hautsdefrance.cci.fr) déclinée sur les différents territoires, et nous nous engageons à répondre dans les 48 heures maximum aux dirigeants. »

Avancer malgré l’inconnu

« Les entreprises ne sont pas seules », rappelle Yann Orpin, président du Medef Lille Métropole.

Inquiets, les dirigeants doivent faire face à de nombreuses inconnues et, dans ce contexte, la solidarité se manifeste, comme l’explique Yann Orpin, président du Medef Lille Métropole : « Tout le monde est bienveillant. Il y a une vraie solidarité pour que le pays s’en sorte. Le Gouvernement a identifié les problèmes, et c’est rassurant. On peut déjà le voir sur les reports de loyers ou de factures d’électricité et le report de paiement des charges sociales à trois mois. » Néanmoins, il faudrait passer à la vitesse supérieure, par exemple avec des dégrèvements pour les entreprises qui ne pourront pas assurer le double paiement des charges sociales d’ici six mois. « Il est sûr que certains risquent malheureusement de ne pas se relever. Décembre était déjà très difficile, l’activité a remonté en janvier et février, mais en mars il y a -100% de chiffre d’affaires… Les mesures ne seront pas suffisantes pour les entreprises déjà en fragilité« , estime Yann Orpin.

« Rien ne doit polluer le redémarrage économique »

L’instance patronale régionale a d’ores et déjà mis en place une cellule d’accompagnement psychologique pour les dirigeants d’entreprise (au 03 20 15 80 14 ou sur le site du Medef Grand Lille), en partenariat avec un organisme indépendant spécialisé dans la santé au travail. Les dirigeants peuvent échanger gratuitement et en toute confidentialité avec des professionnels spécialisés et formés aux situations de crise, notamment des psychologues du travail et des conseillers sociaux. « L’important, c’est de ne pas s’arrêter du jour au lendemain pour que les entreprises ne tombent pas en faillite. L’activité est fortement réduite mais, pour l’instant, pas interdite. Nous pouvons donc continuer à produire tout en respectant les règles sanitaires. Mais nous sommes dans un brouillard dont on ne connaît pas l’issue. »

Yann Orpin reste malgré tout inquiet sur les dispositifs liés au chômage partiel et les futures charges à assumer pour les dirigeants. « Garantir l’argent des crédits bancaires reste une grosse force de frappe pour les entreprises. Elles ne sont pas seules, c’est le message que je souhaite leur faire passer. » Dans l’immédiat, reste à être rassurés et garantis sur l’ensemble des indemnisations des salariés, de pouvoir traiter le paiement différé, d’assurer le dégrèvement pour les entreprises qui en ont besoin et de trouver des solutions concernant les autres charges. « Les banques doivent se tenir prêtes car nous avons besoin de liquidités pour nous organiser. Rien ne doit polluer le redémarrage économique, il faudra relancer la machine de façon vertueuse. »

Le Gouvernement renforce ses dispositifs

Face à la crise sanitaire sans précédent qui frappe le pays avec des conséquences économiques sur les entreprises, le Gouvernement œuvre activement pour la continuité de l’activité. Face au ralentissement prononcé de l’activité et à la déstabilisation des chaînes de production découlant de l’épidémie de coronavirus, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé le renforcement du dispositif de soutien au financement des entreprises, le 19 mars dernier. Introduit dans le projet de loi de finances rectificative présenté au Parlement qui les examine en urgence, ce dispositif vient en complément des mesures déjà annoncées en faveur du renforcement de la trésorerie des entreprises et du soutien au crédit.

Il comporte trois volets principaux : d’abord, un dispositif massif de prêts de trésorerie aux entreprises adossés à une garantie de l’État de 300 milliards d’euros, prêts qui pourront couvrir jusqu’à 25% du CA annuel de l’entreprise, remboursés sur une période allant jusqu’à 6 ans. La garantie d’Etat couvrira 90% du montant du prêt pour les TPE, PME et ETI afin d’en faciliter l’octroi, à hauteur de 0,25% pour un prêt d’un an pour les PME et à 0,50% pour les ETI et les grandes entreprises. Ce sera Bpifrance qui en assurera le suivi. Il s’agit ensuite de l’activation d’une réassurance publique sur les encours d’assurance-crédit à hauteur de 10 milliards d’euros pour permettre aux entreprises de poursuivre leur activités avec leurs clients PME et ETI françaises. Et enfin, une réassurance des crédits-export de court terme mise en place à hauteur de 2 milliards d’euros d’encours, renforcement du dispositif de réassurance publique « Cap Francexport » lancé en octobre 2018. Bruno Le Maire a déclaré : « Face à la menace qui pèse sur l’activité et la pérennité de nos entreprises, notre réponse est forte. Nous mettons en place un arsenal d’une ampleur inédite pour apporter des financements à toutes nos entreprises, et ainsi préserver l’activité et l’emploi. »

  1. Source : CCI de Région Hauts-de-France, mars 2020.

 

Du côté de Bpifrance…

Parmi les aides de soutien aux entreprises, Bpifrance déploie de nouvelles mesures à destination des TPE, PME et ETI, via un numéro vert (0 969 370 240) et son site Internet : rehaussement du niveau de la garantie Bpifrance à hauteur de 90%, en partenariat avec les banques et les régions :

  • pour les prêts de 3 à 7 ans accordés par les banques privées ;
  • pour les découverts confirmés pour une période de 12 à 18 mois par la banque de l’entreprise ;
  • la garantie Bpifrance est désormais accessible aux ETI.

Bpifrance assure aussi du soutien direct aux entreprises :

  • suspension, depuis le 16 mars, du paiement des échéances de prêts accordés par Bpifrance ;
  • mobilisation de l’ensemble des factures, accompagnée d’un crédit de trésorerie représentant 30% des volumes mobilisés ;
  • prêts sans garantie de 3 à 5 ans, de 10 000 € à plusieurs dizaines de milliers d’euros, assortis d’un différé de remboursement de capital.

Du côté d’Yncréa Hauts-de-France…

crédit photo Laurent Scavone

 

Depuis le 16 mars, Yncréa Hauts-de-France a mis en place son dispositif de protection face à l’épidémie : les enseignements sont maintenus grâce au modèle « Université numérique » sur les campus d’HEI, ISA et ISEN, regroupant 4 500 étudiants, dont 12 à 15% d’internationaux. « Nous avions déjà les équipements pour les cours en distanciel mais, désormais, les enseignants donnent cours de leur domicile. C’est une première de basculer toute une école à distance« , explique Christophe Fachon, directeur général Yncréa Hauts-de-France. Les 450 enseignants et intervenants suivent donc les étudiants à distance afin d’assurer la continuité pédagogique et la tenue des examens. « La date des examens dépendra de la durée du temps de confinement. Il est envisageable de reprendre des cours en début d’année scolaire puis de repasser les examens à la suite, pour que les étudiants ne soient pas déboussolés après plusieurs mois de vacances estivales. » Concernant les étudiants en stage en entreprise, ils ont été renvoyés chez eux et les apprentis et contrats de professionnalisation se sont calés sur le plan d’activité de l’entreprise. « Les étudiants ont déjà l’habitude de travailler sur du distanciel même si la majorité de nos cours se déroulent en présentiel. Le challenge, c’est aujourd’hui de tenir sur la distance. Il y aura clairement un avant et un après-Covid-19. »

Banques : du crédit pour toutes les entreprises

Le président de la Fédération bancaire française (FBF) Frédéric Oudéa a assuré, le 18 mars dernier, qu’il y aurait «du crédit» pour toutes les entreprises affectées par le coronavirus, alors que l’État va garantir les prêts bancaires à hauteur de 300 milliards d’euros.
«Il y aura du crédit pour tout le monde, nous avons pris des engagements pour pouvoir traiter les demandes en moins de cinq jours», a affirmé Frédéric Oudéa, qui est également directeur général de la Société Générale. «Nous attendons prochainement toutes les précisions sur le dispositif du gouvernement, nous serons là pour aider toutes les entreprises», a-t-il poursuivi.
Le président Emmanuel Macron a promis lundi une garantie des prêts bancaires accordés aux entreprises à hauteur de 300 milliards d’euros, pour éviter des faillites dues à la crise économique provoquée par le coronavirus. «C’était les bonnes décisions au bon moment», a commenté le président de la FBF. «Avec cette garantie, on pourra faire très vite, on ne passera pas par les processus habituels», a-t-il ajouté.
Le ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin a de son côté déclaré : «il faut que les banques et les assurances jouent le jeu et je sais que la majorité d’entre elles le jouent», répondant le 18 mars à une question sur des établissements qui profiteraient de la situation pour augmenter leurs taux d’intérêt. «Il ne doit pas y avoir aujourd’hui de gens qui profitent de cette situation, et nous serons extrêmement attentifs, avec le ministre de l’Économie et des Finances, pour que les banques et les assurances ne profitent pas de cette situation» a souligné le ministre.

La Banque de France assure la continuité de ses services aux entreprises

À la suite des annonces gouvernementales, la Banque de France met tout en œuvre pour assurer la continuité des missions de service public à destination des entreprises et des particuliers en cette période de confinement.
Toutes les équipes de la Banque de France sont mobilisées pour accompagner les entreprises et les orienter vers les dispositifs mis en place par le Gouvernement pour les soutenir.
La Médiation du crédit et les correspondants TPE-PME sont joignables dans les 100 départements de France métropolitaine et d’outre-mer et sont immédiatement disponibles pour intervenir auprès des entreprises qui rencontrent des difficultés.

Saisir la médiation : https://mediateur-credit.banque-france.fr/

Téléphoner au : 0 810 00 12 10.

Pour toute question, conseil, orientation auprès des correspondants TPE-PME, un numéro unique : 0 800 08 32 08. Une adresse e-mail : tpmeXX@banque-france.fr (xx = n° du département).
En savoir plus : https://entreprises.banque-france.fr/page-sommaire/mon-correspondant-tpe-dans-chaque-departement