Pollution de l'Escaut

Affaire Tereos : le préfet de Région fait le point

Pour la première fois, le préfet Michel Lalande présentait les dernières avancées des enquêtes administrative et judiciaire sur cette affaire, qui font peser un risque économique sur l’activité du site de Tereos à Escaudoeuvres.

Sucrerie_Escaudoeuvres
Sucrerie_Escaudoeuvres

Une conférence de presse était organisée en urgence le 2 juillet à la préfecture à Lille, sur le dossier de la pollution du canal de l’Escaut. Pour rappel, le 9 avril dernier, près de Cambrai, une rupture de digue d’un des bassins de décantation du sucrier a entraîné le déversement de 100 000 m3 de pollution organique, soit 300 conteneurs, dans le canal mais aussi dans des maisons et des champs avoisinants. Le plus grave accident environnemental depuis 20 ans dans la région. De nombreux maires, associations environnementales, la Wallonie ont porté plainte contre X et contre Tereos qui n’a pas donné suite à notre demande d’interview. Les enquêtes administrative et judiciaire sont toujours en cours.

Mais un article de La Voix du Nord du 29 juin a mis en cause les services de la préfecture du Nord qui auraient sous-estimé l’impact de la pollution organique. Une posture qui aurait retardé les mesures pour réoxygéner l’eau, réduire la mortalité piscicole et informer les pays européens concernés par cet accident. Une information reprise ensuite dans la presse nationale. Michel Lalande a tenu à expliquer, ce 2 juillet, le contexte de l’époque et se défend : «Je n’ai jamais parlé de sous-estimation. Les informations dont nous étions détenteurs le 13 avril ne nous permettaient pas d’imaginer une forte densité de cette pollution et qu’elle était imputable à Tereos. Malgré quelques poissons morts dans un des bras de l’Escaut, les mesures de la qualité de l’eau au niveau de la rupture des digues étaient redevenue normales.» Sept jours plus tard, une surmortalité sera néanmoins constatée (entre 50 et 70 tonnes de poissons et animaux morts retrouvés), et l’Etat demandera à Tereos de déployer d’importants moyens pour sauver la faune du canal. Peine perdue ; la surmortalité s’étendra sur plus de 70 km du canal, touchant la Belgique et les Pays-Bas. «Même si pour l’instant, l’enquête n’a pas encore prouvé le lien entre la surmortalité des poissons et la rupture de digue, nous parlons bien d’une pollution dramatique pour l’Escaut. Le coupable devra répondre de ces actes», insiste le préfet.

Rebond du dossier

Le dossier devrait rebondir à la rentrée avec le résultat des différentes enquêtes. «D’un côté, la DREAL, sous l’autorité du préfet, mène une enquête administrative sur la robustesse des digues de Tereos courant sur plusieurs kilomètres autour des 100 ha de bassins de lagunage. Quatre arrêtés ont déjà été émis», explique Laurent Tapadinhas, directeur régional de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) qui avait déjà émis des réserves sur la qualité des digues en février dernier. Une enquête judiciaire est également menée via l’OFB (l’Office français de la biodiversité) et le parquet de Cambrai pour établir les responsabilités. «Les auditions des responsables de Tereos ont commencé dès ce 2 juillet. Nous transmettrons les PV au procureur à la fin de l’été», annonce Patrick Bertrand, directeur régional de l’Office français de la biodiversité. Les résultats de l’enquête sur les raisons de la surmortalité piscicole menée par la DREAL ne seront connues qu’en décembre. 

Impact économique

En cas de responsabilité avérée, Tereos pourrait être sanctionnée par des amendes financières et des peines de prison. Et le préfet pourrait décider de ne pas renouveler l’autorisation d’exploitation de l’entreprise, en tant que site classé pour la protection de l’environnement. Le risque économique est donc bien réel pour le sucrier qui emploie 143 salariés et 80 saisonniers durant les campagnes betteravières. Dans le même temps, au sein des services de l’Etat, le préfet appelle à revoir les processus de gestion de crise lors de tels accidents environnementaux. A l’issue des enquêtes, l’Etat pourrait aussi engager une action en réparation du préjudice écologique.