22e édition du concours i-Lab 2020

«La recherche doit se traduire par une utilité dans la société»

Depuis 1999, le concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes encourage l’émergence de start-up. Aujourd’hui regroupées sous l’appellation «deep tech», ces jeunes pousses sont à 80% issues du domaine de la santé et du numérique.

Les trois lauréats régionaux de l'édition d'i-LAB sont issus de la filière santé. Crédit photo I Viewfinder

424 candidatures et 73 lauréats, dont 3 en Hauts-de-France. Pour cette 22e édition, 59% des projets lauréats sont issus de la recherche publique, et 59% sont accompagnés par un incubateur comme Eurasanté. Depuis 2000, l’incubateur régional a accompagné 32 lauréats au concours i-Lab, faisant de la nutrition/santé, un secteur phare de ce concours qui récompense les entreprises innovantes. Cette année, ils sont même tous issus de la filière santé régionale. HNL, In Brain Pharma, Lattice Medical ou encore Par’Immune font partie des lauréats i-Lab qui, aujourd’hui, suivent une belle croissance. En quatre éditions, près de 45% des dossiers régionaux, tous secteurs confondus, sont directement issus des travaux de l’Université de Lille et/ou du CHU de Lille.

Les lauréats

On le sait : les projets de la deep tech – et encore plus dans le domaine de la santé – restent le plus souvent protégés jusqu’à la fin des études cliniques et la mise sur le marché des produits. C’est par exemple le cas de Life Bloom, dont le CEO, Damien Roche, reste prudent sur le calendrier, tout en ayant un projet déjà bien amorcé : «A cause d’un affaiblissement, plus de 132 millions de personnes dans le monde ne peuvent pas vivre debout. Lifebloom veut apporter une alternative pour le maintien durable de l’autonomie et de la marche, en aidant les patients à se lever.» Incubée depuis 2008 à Eurasanté et domiciliée sur le parc de l’Institut Pasteur de Lille, Lifebloom mêle les technologies de l’ingénierie au médical. Les trois fondateurs prévoient une levée de fonds d’ici fin 2021.

Deuxième lauréat, le Dr Paul Fayada, chirurgien du rachis, à l’origine de PFFI (Pégase Fayada Flexible Instrumentation) : l’amélioration du traitement des lombalgies chroniques, qui touchent une personne sur deux. «C’est une des principales causes d’invalidité dans le monde, avec 600 millions de personnes touchées», explique-t-il. Pégase s’articule autour d’un dispositif médical implantable, permettant de retrouver la mobilité naturelle de la colonne vertébrale après chirurgie, offrant ainsi aux patients opérés une amélioration réelle et durable de leur qualité de vie. «Les traitements contre les lombalgies se chiffrent à 3,3 milliards d’euros annuels, en croissance de 5%. Nous avons développé des prototypes et sommes en cours de tests mécaniques afin d’engager les essais cliniques et les tests commerciaux.» La start-up prévoit une mise sur le marché d’ici quatre à cinq ans.

Dernier lauréat, la start-up lilloise Hemerion®, spin-off du CHU de Lille, de l’Université de Lille et de l’Inserm, dirigée par le physicien Maximilien Vermandel. A la croisée des medtech et des biotech, l’entreprise veut améliorer la prise en charge des patients atteints de cancers et notamment du glioblastome, le cancer du cerveau, qui touche près de 25 000 patients en Europe et aux Etats-Unis. Fruit de dix ans de recherches académiques au sein du laboratoire OncoThAI, Hemerion® s’appuie sur la thérapie photodynamique, alliant un médicament à un système d’illumination pour traiter les lésions cancéreuses. D’ici deux ans, Maximilien Vermandel table sur une dizaine de salariés. Si le marché d’Hemerion® est mondial – et principalement américain –, la technologie pourra ensuite être appliquée à d’autres types de cancers.

La valorisation de la recherche, un axe fondamental

«Il faut que la recherche se traduise par une utilité dans la société. La valorisation est un de nos axes forts, puisque le CHU de Lille est l’un des plus actifs de France dans la recherche», précise Frédéric Boiron, directeur général du CHU de Lille. Un BPI (Budget programme d’innovation) à hauteur d’1,7 million d’euros annuels année permet au CHU de Lille de soutenir entre 20 et 30 projets qui n’ont pas encore de financement. Même discours du côté de l’Université de Lille, titulaire de 200 brevets et mandataire unique de 40 unités de recherche qui mise sur la formation doctorale, l’internationalisation et la valorisation de la recherche en partenariat avec la SATT (Société d’accélération du transfert de technologie).

Le CHRU de Lille, l’un des plus actifs de France en matière de recherche.

Certes, la filière santé a subi un trou d’air comme l’ensemble des secteurs, mais n’a pas forcément toujours subi une chute du chiffre d’affaires, avec des entreprises qui ont réorienté leur marché pour fournir au mieux le système de santé. «Ces derniers mois nous ont fait prendre conscience de la nécessité de relocalisation des produits de santé. Nous suivons actuellement 20 projets en ce sens. Etre souverainiste n’est plus du tout ringard. Mais ce n’est pas tout de mettre en place des subventions : rien ne sera réglé tant que les règles du jeu en matière d’achats publics ne seront pas modifiées», alerte Etienne Vervaecke, directeur général du GIE Eurasanté. Inclure les circuits courts et les contributions à l’économie, tout en simplifiant le système de soins et en allégeant la réglementation semblent des pistes indispensables pour l’avenir.


Le soutien de Bpifrance aux entreprises innovantes

i-Lab s’inscrit dans la continuité des solutions proposées par Bpifrance. En 2019, 67 M€ ont été alloués aux entreprises des Hauts-de-France (dont 15 M€ par la Région Hauts-de-France), auprès de 310 projets. Rien que pour le domaine de la santé, ce ne sont pas moins de 20 M€ qui ont été injectés dans l’économie régionale. A mi-juillet, 64 M€ de financements ont été alloués (contre 67 M€ pour l’ensemble de l’année 2019), preuve concrète du plan déployé pour le soutien aux entreprises innovantes. Bpifrance a récemment mis en place «French Tech Bridge», en soutien aux entreprises dont l’activité est impactée par la Covid-19, pour financer des «equity bridges» entre deux levées de fonds. «French Tech Bridge» s’adresse principalement aux start-up qui devaient réaliser une levée de fonds dans les prochains mois mais qui se heurtent à la contraction du capital-risque suite à l’épidémie de Coronavirus (de 100 000€ à 5 M€).