Entretien avec Patrick Scauflaire, président-recteur de l'Université catholique de Lille

«Il faut croiser les compétences par l’élargissement des formations»

C’est dans un contexte particulier que Patrick Scauflaire succèdera à Pierre Giorgini à la tête de l’Université catholique de Lille, à la rentrée prochaine. Cet humaniste au profil à la fois scientifique et industriel veut poursuivre l’empreinte de l’Institution dans son quartier et son environnement.

"Nous ne faisons pas que former intellectuellement les étudiants" explique Patrick Scauflaire, nouveau président-recteur de l'Université Catholique de Lille.

La Gazette : Vous avez vécu une période plutôt inédite pour vos derniers mois en tant que directeur de l’ICAM (Institut catholique des arts et métiers)…

Patrick Scauflaire : Il est vrai que l’on parle beaucoup d’hybridation, nous avons pu faire des tests à grande échelle durant le confinement ! Nous pratiquions peu l’enseignement en distanciel à l’ICAM, mais nous continuons d’investir sur le campus numérique pour avoir accès aux contenus et aux logiciels. Nous nous réjouissons d’avoir su maintenir le lien avec nos 1 000 étudiants durant cette période. La situation nous fait progresser, aussi bien les étudiants que les professeurs.

Comment appréhendez-vous la rentrée, qui sera inédite ?

Nous ne pourrons pas revenir au tout présentiel. Il faudra trouver le bon équilibre. Je prends les rênes de l’Université catholique de Lille dans un contexte chahuté, dans lequel il faut apprendre à travailler. Je mise énormément sur le collectif, c’est ma manière de fonctionner. Il est vrai que ce n’est pas la meilleure année pour être diplômé(e), mais nous devons armer au maximum les jeunes diplômés sur leur capacité de réaction.

Une nouvelle mission vous attend au 1er septembre prochain, en prenant la présidence de l’Université catholique de Lille, forte de ses 33 000 étudiants.

En effet, je vais fédérer l’ensemble des établissements – 20 écoles au total – et ses dizaines de milliers d’étudiants, dont 7 000 de nationalité étrangère. Je ressens beaucoup d’enthousiasme face à ce défi de taille ! L’Université catholique de Lille a connu une belle dynamique sous la responsabilité de mes prédécesseurs, et est reconnue pour sa capacité d’innovation, de réactivité et de modernité dans ses approches. Mais aussi pour son empreinte sur le territoire. Je souhaite maintenir l’ensemble de cet élan.

Quelle impulsion avez-vous envie de donner à votre mandat ?

Le projet que j’ai présenté s’appelle «Notre Université, une chance au cœur des transitions». L’Université est une alliance d’entités qui ont leur autonomie, leur propre identité, mais avec des valeurs communes. C’est une vraie richesse et on doit veiller à ce que cette alliance soit polyphonique. Quand je parle de «transitions», je souhaite que nous en soyons les acteurs. La crise nous l’a démontré : le groupement des hôpitaux de l’Institut catholique de Lille, et plus particulièrement notre hôpital universitaire, a été au cœur des soins. Nous avons également utilisé nos fablabs pour faire des masques. Il nous faut identifier ce qui se passe pour pouvoir agir. Mais, surtout, on ne fait pas que réfléchir, on teste aussi beaucoup !

Créée en 1875, l’Université Catholique de Lille compte près de 33 000 étudiants, autour de 217 filières de formation.

Au-delà du transfert de connaissances, comment l’Université catholique de Lille s’inscrit-elle dans son environnement ?

Nous ne faisons pas que former intellectuellement les étudiants ; nous leur apportons une expérience de vie, d’engagement dans des projets, dans des instances de gouvernance, de sport, etc. C’est une formation de toutes les dimensions d’une personne. La « foot print » de l’Université, c’est de prendre sa part dans son quartier. Nous sommes dans un écosystème qui montre des évolutions possibles avec des bâtiments intelligents, la mobilité douce… Nous faisons tout pour être un médiateur entre les jeunes et l’entreprise. Il faut rappeler que nous avons été fondé par des patrons chrétiens. Le monde professionnel a de plus en plus besoin de collaborateurs qui peuvent sortir du cadre, avec des idées originales et innovantes. Les modes de formation classiques ne préparent pas à cela. Il faut favoriser les rencontres entre différents types d’intelligence, croiser les multiples compétences par l’élargissement des formations. Je pense notamment au projet Adimaker (cursus de deux ans accessible après le bac pour rejoindre ensuite HEI, ISA ou ISEN Lille), aux parcours ouverts à l’ICAM ou à PréLUDE (Parcours de réussite en licence universitaire à développement expérientiel : diplôme et modèle de formation en premier cycle universitaire).

Ces formations, qu’on peut qualifier d’hybrides, sont la voie pour l’enseignement de demain ?

Il y a clairement un élargissement des profils de jeunes et une hybridation des contenus. De nombreux jeunes n’ont plus forcément envie d’entrer tout de suite dans un métier et l’Université joue un rôle dans cette ouverture.


Patrick Scauflaire en quelques dates

• 1984 : diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole des mines de Paris en 1986

• 1998 : ingénieur de fabrication et ingénieur projets au Brésil

• 1995 : retour en France pour devenir directeur de production en Moselle

• 2001 : entrée dans le groupe BP Chemicals à Bruxelles, puis business technology manager

• 2002 : il devient diacre permanent de l’Eglise catholique et conseille une équipe d’entrepreneurs et dirigeants chrétiens

• 2006 : nomination en tant que directeur général adjoint en charge des établissements et projets à la fondation Apprentis d’Auteuil

• 2015 : prise de direction à l’ICAM