DVD de la semaine

House by the River Réalisateur allemand plébiscité après les succès de Metropolis ou M le maudit, Fritz Lang fut contraint à l’exil afin de fuir le nazisme, rejoignant les États-Unis en juin 1934 et suivant les traces de Friedrich Murnau, Ernst Lubitsch, Josef von Sternberg et Erich von Stroheim, autres cinéastes allemands et viennois, émigrés à Hollywood. En Californie, Fritz Lang […]

223

House by the River

Réalisateur allemand plébiscité après les succès de Metropolis ou M le maudit, Fritz Lang fut contraint à l’exil afin de fuir le nazisme, rejoignant les États-Unis en juin 1934 et suivant les traces de Friedrich Murnau, Ernst Lubitsch, Josef von Sternberg et Erich von Stroheim, autres cinéastes allemands et viennois, émigrés à Hollywood. En Californie, Fritz Lang réalise d’abord une trilogie réaliste et sociale – dont J’ai le droit de vivre (1937) – avant de tourner deux westerns pour le producteur Darryl Francis Zanuck. Il tourne ensuite une série de films d’espionnage anti-nazis, très en vogue à Hollywood durant la Seconde Guerre mondiale, puis au milieu des années 1940, le cinéaste se lance dans le genre du film noir, en y intégrant des éléments à la fois oniriques et psychanalytiques comme dans La Femme au portrait (1944) ou Le Secret derrière la porte (1948), avant de signer House by the River en 1950. L’histoire tragique de Stephen Byrne, écrivain sans succès, qui vit avec sa femme dans une maison près d’une rivière. Profitant de l’absence de cette dernière, Byrne tente d’abuser de la jeune bonne à leur service depuis peu et l’étrangle accidentellement en tentant d’étouffer ses cris. Pris de panique, il demande à son frère de l’aider à faire disparaître le corps de la jeune femme dans la rivière qui jouxte leur maison… Reprenant les codes cinématographiques qui ont fait son succès – une photographie jouant sur les clairs-obscurs, un personnage basculant très rapidement vers un double maléfique, une atmosphère inquiétante qui mine l’individu et la société –, le cinéaste signe une œuvre à la poésie sombre, s’inscrivant pleinement dans la mouvance expressionniste du Lang des années 1920. Entièrement remasterisé à partir d’une bobine nitrate conservée au British Film Institute à Londres, ce superbe drame est désormais accessible dans une indispensable version restaurée.

Editeur : Lobster.


Samuel Fuller


Constance Towers dans The Naked Kiss.

Fidèle à sa politique éditoriale, Wild Side sort deux films majeurs de Samuel Fuller réalisés dans les années 1960. Tout d’abord Shock Corridor (1963) qui suit les pas d’un journaliste cynique et ambitieux qui, en vue d’obtenir le prix Pulitzer, se fait passer pour un fou et interner dans un asile afin d’enquêter sur un meurtre. Mais plus il se rapproche de l’assassin, plus sa propre folie le guette… Samuel Fuller n’hésite pas à explorer ici les facettes les plus sombres de l’être humain, et de la société américaine en particulier. La brillante utilisation du noir et blanc de Stanley Cortez – l’un des plus grands chefs opérateur de l’histoire du 7e art (La Nuit du Chasseur, La Splendeur des Amberson…) –, apporte au film une brutalité rare pour l’époque. Alternativement brillant et glaçant, intense et romantique, Shock Corridor est le film d’un réalisateur qui aimait prendre des risques.
The Naked Kiss (1964) s’ouvre avec une séquence parmi les plus éprouvantes jamais tournées par Samuel Fuller. Elle met en scène Kelly, une prostituée qui se bat avec rage contre son proxénète, lui reprend l’argent qu’il lui avait “prélevé”, se remaquille, réajuste sa perruque et décide de quitter le milieu honteux et glauque de la prostitution pour toujours. Deux ans plus tard, elle vit dans une petite ville américaine bien tranquille. Mais ce tableau paisible s’assombrit à l’arrivée d’un flic véreux qui connaît son passé… Ce film noir, aux antipodes des films politiquement corrects de l’époque, capte l’attention du spectateur dès la première seconde, pour ne plus la lâcher jusqu’au générique de fin tandis que sous les lumières de Stanley Cortez, Constance Towers irradie l’écran.

Editeur : Wild Side.