Entretien avec André Pecqueur, PDG de la Brasserie Goudale

La Brasserie Goudale investit (encore) pour l’avenir

Caviste au début de sa carrière il y a cinquante ans, André Pecqueur est devenu une figure incontournable du monde économique régional. Actuel dirigeant de la brasserie Goudale et unique actionnaire, l’homme de 76 ans a le virus de l’investissement. Lorsqu’il rachète la brasserie de Saint-Omer il y a 35 ans, cette dernière produisait 50 000 hectolitres de bière par an. Installée aujourd’hui à Arques, c’est un mastodonte qui tire à un million d’hectolitre par an – bientôt deux millions et demi – avec un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros en 2018, en hausse de 43% par rapport à l’année 2017.

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André Pecqueur, PDG des brasseries Goudale

La Gazette : Vous avez fait le choix d’investir sur un nouveau site de production ici, à Arques, pourquoi ?

André Pecqueur : Notre carnet de commandes était plein. On avait prévu des augmentations de volume dans six à sept ans, mais on ne pensait jamais que cela irait aussi vite. Cette brasserie a été construite il y a deux ans et demi, avec un investissement de 85 millions d’euros. Une deuxième salle à brasser est en route pour 45 millions et permettra de produire 1,5 million d’hectolitres.

Votre développement est arrivé trop vite ?

Pas trop vite, non, mais c’est arrivé beaucoup plus vite que prévu. Et c’est une chance. Car ici on a le pouvoir de décider. On se voit, on décide, et on peut commander demain. Tandis que dans des grosses sociétés financières il faut rassembler les administrateurs et statuer. Ça peut parfois prendre plusieurs années, tout comme les investissements. Nous, quand on investit, ça se fait en deux mois.

Vous venez de recevoir le prix de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) ainsi que le prix EY qui récompense des entreprises se développant fortement à l’étranger. Justement, quel est le pourcentage de votre chiffre d’affaires (70 millions d’euros) réalisé à l’export ?

60% de notre chiffre d’affaires se fait à l’étranger. Nous sommes présents dans 71 pays. Je crois profondément qu’une entreprise doit s’ouvrir à l’étranger pour se développer, sans oublier de commencer par la France bien sûr. Lorsqu’un potentiel client est intéressé, on l’invite à venir visiter la brasserie, ses infrastructures. Et dans la grande majorité des cas, il devient un client. Je pense que le mieux c’est de voir, de se rendre compte des possibilités et du dynamisme d’une entreprise, plutôt que le traditionnel baratin.

Du fait de la proximité, l’Angleterre est votre premier interlocuteur à l’étranger. Quels sont les autres marchés qui vous intéressent ?

On vient de décrocher un gros marché en Belgique et aux Pays-Bas. Demain nous signerons un développement en Espagne. Ce que l’on souhaite faire, c’est prendre un engagement dans le temps, pas pour une année seulement. Nous sommes des coureurs de fond.

Ces développements en Belgique, aux Pays-Bas et en Espagne, ce sont des nouveaux marchés ou bien vous mettez plus de moyens dans des marchés déjà existants ?

Ce sont des clients qui viennent nous voir. Je crois qu’ils ont confiance en nous. Et puis on prend la place de certains collègues… 

Quels sont vos projets pour l’année 2019 ?

D’ici fin avril, un nouvel entrepôt de stockage de 24 000 m2 doit voir le jour à côté de la brasserie, pour 10 millions d’euros. On avait acheté neuf hectares de terrain ces dernières années en se disant qu’ils serviraient à l’avenir. Mais comme on a une nouvelle salle à brasser, on a besoin de place pour stocker. Ça devrait absorber notre travail pendant deux ans. Cette année également, on va mettre en place un système de récupération de jus sur les levures. De plus, on est en train de passer commande pour des mini-fûts de cinq litres, pour 6 millions d’euros, qui devraient arriver sur le marché en décembre. Je crois qu’il faut le faire. Enfin, on va investir dans la bière sans alcool pour certains pays.

Vous investissez sans cesse et dans beaucoup de secteurs. Quelle est votre stratégie, et avez-vous des objectifs chiffrés ?

Non, je n’ai aucune stratégie pour l’avenir. On ne veut pas grandir pour le plaisir ou faire plaisir aux actionnaires. On veut avant tout être heureux, que nos enfants et petits-enfants le soient. Si on ne progresse pas pendant deux ans, ce n’est pas grave.  C’est l’avantage d’être indépendant finalement…