A Love Supreme d’Anne Teresa De Keersmaeker et Memento Mori & Faun de Sidi Larbi Cherkaoui à Bruxelles

La musique des corps

Dans le cadre du projet Troika, le nouveau partenariat entre la Monnaie, le KVS et le Théâtre National Wallonie-Bruxelles, les trois institutions bruxelloises proposent une ambitieuse programmation commune de danse. Cette initiative met en commun les dix-sept spectacles de danse des trois maisons, avec des chorégraphes habitués de celles-ci ainsi que de nouveaux artistes. En septembre, la Monnaie présente les deux premiers spectacles de cette programmation innovante.

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© Filip Van Roe

Memento Mori & Faun

© Filip Van Roe

Sidi Larbi Cherkaoui s’est attaché à nourrir d’une dimension spirituelle son travail chorégraphique dès ses premiers ouvrages, interrogeant des concepts tels que le mythe, le pêché ou la rédemption. Dans Memento Mori (photo), Sidi Larbi Cherkaoui s’est appliqué à donner figure à cette réalité implacable mais changeante au gré des regards que nous portons sur elle, dans des motifs chorégraphiques d’une grande beauté plastique, liquides et magnétiques animés par l’atmosphère languissante de la musique de Woodkid.

Le chorégraphe a choisi d’associer la pièce pour dix-neuf danseurs au duo Faun, né de sa collaboration avec le danseur James O’Hara et d’une commande du Sadler’s Wells de Londres pour le centenaire des Ballets russes en 2009. Cherkaoui a choisi L’après-midi d’un faune pour sonder la dualité qu’il perçoit dans la créature mythologique et dans le couple que forment le faune et la nymphe. Le jeu à deux est tout à la fois ludique et innocent, empli de tension sexuelle et de sagesse antique1.

 

A Love Supreme

Créée en 2005, la pièce chorégraphique inspirée de l’album A Love Supreme de John Coltrane est aujourd’hui reprise par Anne Teresa De Keersmaeker et Salva Sanchis avec une nouvelle distribution de jeunes danseurs. Dans cette suite instrumentale de John Coltrane, l’un des chefs d’œuvre du jazz du XXe siècle, vibre une tension toute particulière entre la complexité et l’épure. Coltrane prend appui sur des structures de blues assez rudimentaires, dont il fait émerger des phrases musicales d’une haute liberté d’expression, sublimées par une imagination sans limite. La chorégraphie fait sienne cette contradiction et relève le défi d’un parfait entrelacement de l’improvisation et de l’organisation formelle. Anne Teresa De Keersmaeker et le chorégraphe et danseur Salva Sanchis s’inspirent de l’album pour composer à leur tour une partition gestuelle pour quatre danseurs dont le désordre apparent des gestes, la désinvolture et la nonchalance renvoyaient en miroir aux variations de Coltrane. Quatre danseurs poursuivant la même grâce musicale de Coltrane, dans le même abandon au bonheur de la vie, avec sa part de sensualité mais aussi de détachement, rêvant de toucher à la transcendance, et pourtant ancrés dans la plus tangible condition humaine. Soit un spectacle d’une grande puissance où les danseurs s’abandonnent totalement à la spiritualité coltranienne, composant avec lui un hymne à l’amour divin2.

 

  1. Représentations les 19, 20 & 21 septembre à 20h et le 18 décembre à 15h au Cirque Royal, 81 rue de l’Enseignement à Bruxelles. Renseignements et réservations au 00 32 22 29 12 11 ou sur www.lamonnaie.be

2. Représentations du 13 au 29 septembre à 20h au Rosas Performance Space, 164 boulevard Van Volxem à Bruxelles. Renseignements et réservations au 00 32 22 29 12 11 ou sur www.lamonnaie.be