Jeanne d’Arc au bûcher d’Arthur Honegger à la Monnaie

Une œuvre visionnaire

Après Giovanna d’Arco de Giuseppe Verdi en octobre, la Monnaie présente Jeanne d’Arc au bûcher, un oratorio dramatique d’Arthur Honegger sur un livret de Paul Claudel, second volet d’un diptyque autour de l’iconique Pucelle d’Orléans. Qui d’autre que Romeo Castellucci pour mettre en scène les visions mystiques et les conflits intérieurs de cette jeune femme tandis que Kazushi Ono dirigera l’Orchestre symphonique et les chœurs de la Monnaie, dix ans après l’avoir quittée.

Audrey Bonnet, magnifique interprète de Jeanne d'arc au bûcher © B. Uhlig

Jeanne d’Arc au bûcher est une commande d’Ida Rubinstein (1885-1960), actrice et mécène russe qui, dans la France d’avant et d’après la Première Guerre mondiale, comptait parmi ses amis, entre autres, Ravel, Stravinsky, Gide et Diaghilev. Inspirée par quelques spectacles des Théophiliens – la compagnie de théâtre de la Sorbonne spécialisée dans les mystères médiévaux – elle lance au compositeur suisse Arthur Honegger (1892-1955) l’idée d’un drame autour du personnage de Jeanne d’Arc. Pour le texte, Paul Claudel décline d’abord l’offre avant d’accepter la commande après un voyage en train vers Bruxelles où il est ambassadeur de France.

Arthur Honegger tombe d’emblée sous le charme du texte de Claudel et de sa musicalité poétique. La musique d’Honegger ne reflète pas seulement les différents registres stylistiques du livret, mais également l’esprit turbulent et survolté des années 1920 et 1930. Des chants spirituels austères qui rappellent Bach alternent avec de la musique contemporaine française, des blocs de sons cubistes et même une ligne subversive de jazz et de music-hall. Jeanne d’Arc au bûcher présente les caractéristiques d’un oratorio, avec un grand orchestre et un chœur, mais les personnages principaux ont des rôles parlés. L’orchestration fait ainsi penser à une tragédie antique ou à un mystère médiéval, mais avec un langage musical chromatique et polytonal.

Dans un rêve fébrile de chants, de textes dits et de musique, cette œuvre épouse quelques passages-clés de la vie de Jeanne d’Arc au moment où, seule à l’approche de la mort, il lui faut faire face à elle-même et à sa France. Visionnaire, prégnant, ambigu : le mystère lyrique d’Honegger requiert un metteur en scène comme Romeo Castellucci qui sait comment pénétrer au cœur des mythes fondateurs occidentaux et en distiller du théâtre novateur et sans compromis. Il en va de même pour le personnage de Jeanne d’Arc – interprétée ici par l’extraordinaire Audrey Bonnet – Romeo Castellucci la regarde droit dans les yeux et sans parti pris. Pour délester Jeanne de toute charge historique, l’artiste italien la situe dans un contexte résolument différent : le décor réaliste et profane d’une salle de classe. Tout commence par la fin d’une journée de cours ordinaire. La sonnerie retentit, les élèves quittent la classe, un concierge entre dans le local. Il est venu pour ranger, mais cela lui prendra longtemps…

© B. Uhlig

Représentations les 5, 6, 7, 8 et 12 novembre à 20h, le 10 novembre à 15h au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles. Renseignements et réservations au 00 32 22 29 12 11 ou sur www.lamonnaie.be