Face aux conséquences de la crise du Coronavirus

Le monde économique s’organise

Depuis la première intervention télévisée du président de la République Emmanuel Macron, la France vit une situation inédite. Les commerces de centre-ville sont durement touchés et obligés de baisser le rideau pour une durée indéterminée. Les Bourses mondiales s’effondrent, renforçant un sentiment d’impuissance. Au niveau local la solidarité s’organise sur les réseaux sociaux.

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Les commerces de centres-ville sont les plus impactés par la Pandémie, depuis dix jours, ils ont été invités à baisser leur rideau pour éviter la propagation du virus.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19 en Chine, le monde économique vit au ralenti, touchant progressivement les Européens et le monde entier. La pandémie va laisser des traces. 

Dans la mesure du possible, le télétravail est fortement recommandé. © kerkezz

En France, depuis l’annonce des premiers cas de personnes testées positives et des premiers décès dus au Coronavirus, la situation est de plus en plus difficile pour les traiteurs et autres organisateurs de manifestation. Les professionnels de l’événementiel sont eux aussi frappés de plein fouet par l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes, et la fermeture pure et simple des crèches, écoles, collèges, lycées et universités sur l’ensemble du territoire national. Dans le même temps, le monde économique vacille, il connaît des difficultés de plus en plus marquées. «Nous enregistrons un nombre important d’annulations des réservations. La perte se chiffre déjà à plus de 15 000 euros en quelques semaines», résumait une hôtelière lilloise le 12 mars, quelques heures avant l’allocution du président de la République. 

Avec l’annonce de la fermeture obligatoire des cafés, restaurants, discothèques et des commerces non indispensables, une étape supplémentaire a été franchie, affectant l’ensemble des commerces qui n’ont d’autres choix que de baisser le rideau pour une durée indéterminée. 

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Alice Caron-Morival est à l’initiative de la création de l’association « le 36 de Bacchus ».

On s’organise

Si à l’échelle des Hauts-de-France, les instances régionales et la CCI se sont mobilisées pour aider au mieux les entreprises, devançant de quelques heures les premières annonces du gouvernement, il n’en reste pas moins que la cellule d’information et les crédits alloués ne vont pas permettre de faire face à l’ampleur de la situation. 

Ainsi, même si le gouvernement affirme depuis plusieurs jours qu’il ne laissera pas les entreprises seules face à cette situation inédite, les premières grosses difficultés vont apparaître dans les jours et semaines à venir. Pour preuve, les chutes vertigineuses enregistrées par les places financières mondiales, qui témoignent d’une situation tendue et une incertitude grandissante.  

S’ils ont les reins plus solides et une trésorerie beaucoup plus importante, les grands groupes n’échappent pas à la situation. Le 16 mars, PSA a annoncé, embrayant le pas sur Michelin, la fermeture de l’ensemble de ses sites de production. Le groupe Renault a pris la même décision quelques heures plus tard. Des décisions qui concernent de nombreux sous-traitants qui n’auront d’autre choix que d’avoir également recours au chômage partiel. Dans une région où l’industrie automobile est omniprésente, ces décisions vont impacter plusieurs milliers de salariés, désormais confinés chez eux.

Sur le terrain, les commerçants sont partagés entre impuissance et volonté de se soutenir. C’est notamment le cas en Artois où plusieurs initiatives ont été mises en place pour venir en aide aux commerces et entreprises les plus fragiles. 

Tous concernés

À Béthune, Alice Caron-Morival, entrepreneuse investie au sein de Réseau Entreprendre et d’Artois initiatives, déclare : «Je travaille depuis quasiment deux années à la redynamisation du centre-ville de Béthune par l’intermédiaire de l’association ’36 de Bacchus’. Mon action est aujourd’hui dans la continuité de tout ce que nous avons pu faire.» Elle a décidé de créer un groupe Facebook à destination des commerçants et entrepreneurs, où elle diffuse des informations, des conseils, et assure une veille juridique et informationnelle. Certaines personnes y proposent également une expertise bienvenue pour aider les entrepreneurs dans leurs démarches. En effet, «beaucoup n’avaient pas anticipé la possibilité d’un blocage complet du pays, ils se retrouvent bien démunis face à la situation.»

Dans les grandes villes du territoire, Béthune en tête, dans les CCI, à la Chambre des métiers et de l’artisanat, tous se mobilisent. Ainsi, «Arnaud Betrancourt, le Monsieur Commerce de la ville de Béthune, s’est rapproché de ses homologues lensois et arrageois pour partager des informations et diffuser les bonnes pratiques». 

Le maire de Béthune, Olivier Gacquerre, propose, quant à lui, des Lives quotidiens sur Facebook pour diffuser les informations nationales sur l’évolution de la situation. Il souhaite avant tout rassurer ses administrés et le monde économique béthunois. 

Les clubs d’entreprises

À Lens et Douai, ce sont plusieurs clubs d’entreprises qui se mobilisent. «Nous ne pouvions plus nous réunir pour nos rencontres hebdomadaires, nous avons donc décidé de mettre en place des solutions numériques», déclare Jessie Delsol, animatrice réseau du club Réussir et membre d’Odyssée. Il n’y a plus de barrières : «Nous plaçons aujourd’hui l’humain au premier plan de nos actions, sans parler de cotisations ou d’obligations quelconques…» Elle a ainsi éprouvé plusieurs solutions techniques et propose chaque jour des conférences sur des thèmes variés. «Nous avons évoqué l’organisation de nos entreprises pendant cette période particulière ; la gestion et les modes de relation que nous pouvons adopter avec nos clients et fournisseurs ; et enfin la préparation de l’après-crise.»

Les solutions proposées ont déjà séduit de nombreux entrepreneurs et pourraient être adoptées à l’avenir par les clubs Réussir et Odyssé.


Les principales mesures annoncées par le gouvernement 

  • Mise en place de délais de paiement des échéances sociales et/ou fiscales (URSSAF, impôts) et le report de ces échéances pour le mois de mars.
  • Des remises d’impôts directs peuvent être décidées pour les situations les plus difficiles. 
  • Soutien de l’État et de la Banque de France pour négocier avec les banques un rééchelonnement des crédits bancaires.
  • Mobilisation de Bpifrance pour garantir des lignes de trésorerie bancaire dont les entreprises pourraient avoir besoin à cause de l’épidémie.
  • Maintien de l’emploi dans les entreprises par le dispositif de chômage partiel simplifié et renforcé.
  • Appui au traitement d’un conflit avec des clients ou fournisseurs par le médiateur des entreprises. 
  • Reconnaissance par l’État du Coronavirus comme un cas de force majeure pour ses marchés publics. En conséquence, pour tous les marchés publics d’État, les pénalités de retards ne seront pas appliquées. 

Banques : du crédit pour toutes les entreprises

Le 18 mars dernier, le président de la Fédération bancaire française (FBF), Frédéric Oudéa, également directeur général de la Société générale, s’est montré rassurant à l’égard des entreprises impactées : «Il y aura du crédit pour tout le monde, nous avons pris des engagements pour pouvoir traiter les demandes en moins de cinq jours. Nous attendons prochainement toutes les précisions sur le dispositif du gouvernement, nous serons là pour aider toutes les entreprises.» Le président Emmanuel Macron a par ailleurs promis une garantie des prêts bancaires accordés aux entreprises à hauteur de 300 milliards d’euros, pour éviter des faillites dues au Coronavirus. «C’était les bonnes décisions au bon moment, a commenté le président de la FBF. Avec cette garantie, on pourra faire très vite, on ne passera pas par les processus habituels.» Le ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin a, quant à lui, répondu à une question sur des établissements qui profiteraient de la situation pour augmenter leurs taux d’intérêt : «Il faut que les banques et les assurances jouent le jeu et je sais que la majorité d’entre elles le jouent. Il ne doit pas y avoir aujourd’hui de gens qui profitent de cette situation, et nous serons extrêmement attentifs, avec le ministre de l’Économie et des Finances, pour que les banques et les assurances ne profitent pas de cette situation.»