Après la loi «relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire»

L’économie circulaire, une opportunité pour les PME ?

Peu avant la pandémie, paraissait la loi sur l’économie circulaire. Partant du constat de la nécessité de changer de modèle, cette démarche contient aussi des opportunités économiques pour les PME. Débat, avec l’Ajpme.

L'économie circulaire constitue une «réelle opportunité, car c'est une attente forte des consommateurs». © Iryna

A cause de la pandémie, on l’avait un peu oubliée… Le 11 février, la loi «relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire» a été publiée au Journal Officiel. Le texte, qui comporte des mesures très diverses, vise à accélérer le changement des modèles de production et de consommation, afin de réduire les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat. Le 25 juin dernier, l’AJPME, Association des journalistes spécialistes des PME, organisait un webinaire sur le thème «Économie circulaire : quelles opportunités pour l’après-Covid-19 ?».
Celles-ci sont nombreuses, tant le champ de l’économie circulaire est vaste. «Elle repose sur sept piliers»,qui soutiennent les étapes de production et de consommation, rappelle Nathalie Boyer, ambassadeur de l’Économie circulaire auprès du ministère de la Transition écologique et solidaire, et déléguée générale d’Orée, association qui anime un réseau de 180 membres engagés dans la démarche de l’économie circulaire. Rappel des «7 piliers» : il s’agit d’adopter un approvisionnement durable, notamment dans les méthodes d’extraction des matières premières. Puis, l’éco-conception s’efforce de produire des objets ou des services en économisant l’énergie et la matière, tout au long de leur cycle de vie. L’écologie industrielle et territoriale s’attache à limiter les impacts de l’industrie sur l’environnement, les déchets d’une usine pouvant, par exemple, servir de matière première pour une autre, proche. Ensuite, l’économie de la fonctionnalité tend à vendre des services liés aux produits, plutôt que les produits eux-mêmes. Dans la phase de consommation, celle ci -devient «responsable», fruit de la démarche des acheteurs qui intègrent dans leurs choix des critères comme l’environnement. L’allongement de la durée d’usage des produits passe par le réemploi, la réparation et la réutilisation. Et enfin, vient l’étape du recyclage.

Des opportunités économiques, mais pas seulement

«Il faut aller vers ces nouveaux modèles économiques, nous n’avons plus le choix», argumente Nathalie Boyer. Pour elle, cet impératif date d’avant la pandémie. Avant celle ci, aussi, la démarche présentait déjà des opportunités économiques que des entreprises ont su saisir, illustre Valentin Fournel, directeur R&D de Citeo, éco-organisme pour les emballages ménagers et papiers. Parmi les exemples cités, Somapro, PME spécialiste des fonds de sauce, est passée d’un emballage complexe à recycler à un autre, recyclable. A cette occasion, l’entreprise a repensé l’ergonomie de son packaging en y ajoutant un bec verseur, ce qui lui a permis de gagner de nouveaux clients. Autre exemple, la coopérative maraîchère Savéol, qui commercialise, notamment, des tomates : l’entreprise est passée d’une barquette de plastique à une en carton, avec des trous dans le décor. Le packaging, allégé, est aussi plus valorisant pour le produit. «Cela peut représenter des coûts, car changer une ligne de production peut coûter des millions d’euros, mais certains changements ne demandent pas de frais. L’éco-conception, ce sont souvent des gains économiques», argumente Valentin Fournel.
Dominique Amirault, président de la FEEF, Fédération des entreprises et entrepreneurs de France, qui représente un millier d’entreprises, considère, lui, que l’économie circulaire constitue une «réelle opportunité, car c’est une attente forte des consommateurs. Ils sont très sensibles aux efforts réalisés par les entreprises, et en particuliers par les PME». La FEEF promeut d’ailleurs le label «PME+» qui distingue les entreprises «engagées pour l’humain, l’emploi, et l’environnement». Toutefois, «il ne faut pas aller trop vite. Ce sont des problèmes difficiles. Cela comporte des risques et nécessite des financements», ajoute Dominique Amirault.
Par ailleurs, aborder l’économie circulaire uniquement en fonction de sa rentabilité potentielle ne suffit pas. C’est également un choix qu’il faut assumer pour Michel Kempinski, président de Sulo France (ex-Plastic Omnium Environnement). «Une entreprise doit se projeter, anticiper les grandes tendances», estime-t-il.

«On voit beaucoup de start-up se lancer, par exemple dans le domaine du bâtiment, de la déconstruction, du réemploi des matériaux»

Démarche de long court et bouillonnement

Sulo France (3 000 salariés et 500 millions d’euros de chiffre d’affaires) produit poubelles et conteneurs pour les collectivités locales. Et son président a compté parmi les «ambassadeurs» de l’économie circulaire, dans le cadre de la préparation de la loi. Chez lui, les bacs de ses poubelles sont en plastique 100% recyclé, fruit d’une douzaine d’années de travail. «Ce sont des années de travail, de réglages, d’investissements (… ) On le fait contre vents et marées (…). Aujourd’hui, le prix du matériel vierge et recyclé est équivalent, mais cela ne nous empêche pas de vouloir avancer», prévient Michel Kempinski, dont l’entreprise continue d’investir pour améliorer ses process.
Par ailleurs, «on voit beaucoup de start-up se lancer, avec des jeunes très motivés, par exemple dans le domaine du bâtiment, de la déconstruction, du réemploi des matériaux», constate Nathalie Boyer. «Les solutions foisonnent, elles avancent toutes en même temps et on ne sait pas encore ce qui va marcher. Il faut échanger, parler», complète Valentin Fournel.
Au delà de ces start-up qui se spécialisent, les PME qui souhaitent adapter leur activité existante aux principes de l’économie circulaire peuvent trouver de nombreuses structures, qui, souvent associées entre elles, proposent des accompagnements. A commencer par l’Ademe, Agence de la Transition écologique. Mais c’est aussi le cas de fédérations professionnelles, des chambres de commerce et d’artisanat, des collectivités locales, des éco-organismes. Citeo, par exemple, a noué un partenariat avec la FEEF, pour concevoir un parcours «emballages» pour les PME. Il prévoit la présentation de l’éco-conception, webinaires, rencontres avec des start-up spécialisées….
Pour l’ensemble des intervenants, la crise liée au Covid ne peut qu’accentuer et encourager le mouvement de l’économie circulaire. Michel Kempinski évoque ainsi «les florilèges de photos de poubelles avec des merci, des décorations…», autant de signes tangibles de la prise de conscience de la population de l’importance de la collecte des déchets.