Officialisation de l'implantation de la gigafactory à Douvrin

Un projet à 5 milliards d’euros

Le groupe PSA vient d’annoncer que son site de Douvrin accueillerait d’ici 2023 une usine de fabrication de batteries. Une bonne nouvelle pour la pérennité du site, une très bonne nouvelle aussi pour l’emploi sur le territoire.

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2000 emplois directs devraient être créés sur le site PSA de Douvrin d’ici à 2030 lorsque la Gigafactory aura atteint sa capacité de 24 GWh de production annuelle.

Cela faisait plusieurs mois que des rumeurs laissaient entendre que la future usine de fabrication de batteries du projet ACC serait implantée sur le site de la Française de mécanique à Douvrin. Au niveau local, notamment au siège du Siziaf qui gère la zone industrielle Artois-Flandres, la prudence était de mise, d’autant que plusieurs sites étaient en compétition.

La Région Hauts-de-France, par la voix de son président Xavier Bertrand, s’était engagée à mettre sur la table quelque 80 millions d’euros, ce qui a encouragé l’espoir des agglomérations de Lens-Liévin et Béthune-Bruay, et qui a très certainement pesé dans la décision finale du groupe automobile et de son partenaire.

C’est donc à Douvrin, sur le site qui produit depuis 1969 des moteurs thermiques, que seront produites des batteries. Qui l’aurait cru il y a encore une vingtaine d’années ? Certainement pas le directeur du site de l’époque. Guillaume Leroy, ancien journaliste à L’Avenir de l’Artois, se souvient : «J’avais posé la question d’un éventuel projet d’assemblage de moteurs électriques sur le site de Douvrin, lors du lancement de la ligne de production de moteur V6, le vaisseau amiral de la FM. Le directeur m’avait ri au nez.» 

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C’est en lieu et place d’anciennes chaînes de montage de moteurs thermiques que les batteries seront assemblées. (Crédit : ACT’STUDIO)

Un calendrier serré

Le projet de gigafactory, également baptisé «Airbus de la batterie», a été lancé en janvier 2020 avec l’ouverture d’une usine pilote à Nersac, dans le Sud-Ouest. Piloté par PSA et Saft, une filiale de Total, ce projet ambitionne de créer en Europe une filière de production de batteries à base de technologie lithium-ion qui viendraient équiper les véhicules électriques. 

Sur le modèle de ce qui avait été fait jadis avec les avions Airbus, l’objectif est de créer une filière indépendante des fournisseurs actuels de batteries, tous implantés en Asie. 

Soutenues par l’Europe, la France et l’Allemagne, PSA et Saft ont franchi une nouvelle étape en créant officiellement leur co-entreprise ACC (Automotive Cells Company), censée produire des batteries à Douvrin dès 2023. 

Reste que même si le site appartient déjà à PSA, tout est à construire à Douvrin. Le calendrier est relativement serré et il n’y a plus de temps à perdre pour que tout soit prêt à temps si l’on veut que les premières batteries soient produites d’ici 2023. «La Française de mécanique est entrée en phase de compactage depuis plusieurs années. Plus d’hectares ont d’ores et déjà été libérés. Et même si nous travaillons depuis plusieurs mois sur plusieurs scénarios, nous avons d’ores et déjà commencé les études quant à une éventuelle implantation de la gigafactory sur le site», indiquait Arnaud Lecourieux, directeur adjoint du Siziaf, chef de projet FM. Le Siziaf travaille notamment sur un projet de réaménagement de la bande ouest qui longe la route nationale, et a fait appel à un cabinet spécialisé dans le cadre d’une assistance à maîtrise d’ouvrage. 

Cinq milliards d’euros

Le programme de gigafactory est estimé à 5 milliards d’euros, dont 1,3 milliard d’euros de fonds publics, 80 millions pour la Région et 40 pour les agglomérations de Lens-Liévin, Béthune-Bruay et le Siziaf.  Au programme, l’ouverture d’un centre de recherche et développement en charge du développement de cellules lithium-ion haute performance, et de deux usines de fabrication de batteries à Douvrin et à Kaiserslautern, en Allemagne. Ces deux usines auront une capacité cumulée de 48 GWh, soit l’équivalent d’un million de batteries par année à partir de 2023. Environ 10 à 15% du marché européen, précise le service communication d’ACC. 

Le site douvrinois aura, d’ici 2030, une capacité de 24 GWh : 8 GWh en 2023 et deux autres tranches de 8 GWh d’ici 2030. En termes d’embauches, plusieurs chiffres circulent et on peut estimer qu’environ 2 000 emplois seront créés. S’ajouteront ensuite les emplois indirects générés par l’activité des sous-traitants. 

Encadré

Une victoire pour le territoire

Sylvain Robert, président de l’Agglomération de Lens-Liévin, a rapidement réagi à l’annonce. «C’est une victoire pour le territoire, fruit d’un long travail mené par les industriels, les collectivités locales, l’État et l’Union européenne», souligne-t-il dans un communiqué diffusé à la presse et sur le site de l’EPCI. En fin d’année dernière, l’Agglo avait affirmé sa détermination quant à l’implantation d’une gigafactory. 

«C’est une fierté d’accueillir sur notre territoire ACC, qui va développer ‘l’Airbus de la batterie’ dès 2023. Je salue le choix des industriels et des dirigeants de PSA et de Total, comme l’engagement de la Région et de l’État, car cette annonce est le fruit d’une étroite et constante collaboration entre nos équipes.»

Ce choix va générer des retombées économiques positives pour le territoire, une bonne nouvelle pour l’emploi. «C’est aussi la reconnaissance des filières locales et régionales de formation proposées par nos lycées professionnels, nos universités, nos écoles d’ingénieurs et clusters, qui ont su s’adapter pour former nos jeunes aux métiers d’avenir. Et c’est aussi la démonstration que notre territoire, ancien fleuron de l’industrie minière, a su se transformer pour devenir un laboratoire de la transition écologique. L’Airbus de la batterie annoncé ici en est la preuve concrète.»