A Prouvy

Athena Pharmaceutiques croit en la pharmaceutique française

Le défi est ambitieux. Athena Pharmaceutiques a repris en début d’année Inpharmasci SAS, spécialisée dans la fabrication de médicaments génériques, en plein redressement judiciaire. Elle se donne trois ans pour la développer et s’internationaliser.

Les 115 salariés d’Inpharmasci SAS ont soufflé en janvier : leurs emplois étaient sauvés, leurs conditions de travail préservées. Trois sociétés se sont manifestées, l’an passé, pour reprendre l’activité de cette filiale en redressement judiciaire du groupe allemand Rottendorf Pharma. Deux des repreneurs souhaitaient maintenir son activité à Prouvy, dans le Valenciennois. Le troisième, Alexandre Williams, gérant d’Athéna Pharmaceutiques, holding française créée en 2011, entendait la développer. Son projet a été retenu.

«Il nous fallait une assise française», explique le Franco-Britannique de 52 ans. Jusqu’alors, Athéna Pharmaceutiques, «une petite société très, très profitable» selon lui, avait des filiales en Chine et en Inde, et des bureaux commerciaux au Brésil et au Canada. «Athena développe ses propres médicaments, puis les vend, détaille Alexandre Williams. Nous sommes très forts en recherche et développement, mais certains pays sont réfractaires aux produits fabriqués en Inde. Je réfléchissais donc à racheter une usine en France quand j’ai vu cette opportunité.» Car le point fort de Rottendorf Pharma, c’est la fabrication.

L’usine était vieillissante ; l’équipement, obsolète. Les Allemands, depuis plusieurs années, n’investissaient plus à Prouvy. La remettre à niveau est donc la première des priorités d’Alexandre Williams. Aucune banque ne l’a suivi dans ce pari, les collectivités territoriales, elles, si.

La chambre de commerce et d’industrie Grand Hainaut, grâce à sa filiale SCI Grand Hainaut, a acquis le site et ses 40 000 m² de terrain pour 4 millions d’euros. «Nous faisons cela à chaque fois que nous le pouvons depuis cinq ans et que le projet le mérite», sourit Natalina Froment, responsable des relations clients de la SCI. Valenciennes Métropole a donné une avance remboursable de 150 000 euros, la Région de 600 000 euros. Un fonds Hauts-de-France prévention de 300 000 euros a aussi été accordé.

Un centre de recherches et développement à Prouvy

Les emplois ont été sauvegardés ainsi que les conditions salariales.

Alexandre Williams se concentre pour l’instant sur deux priorités. Ce mois-ci, il compte solder la dette d’affacturage d’1,5 million d’euros, tout en planifiant une sortie anticipée du plan d’apurement d’1,1 million d’euros. «Cela nous permettra de repartir avec une image meilleure.»  Il a aussi commencé à investir 2 des 7,5 millions d’euros nécessaires pour remettre l’entreprise aux normes et développer un centre de recherches et développement sur place.

 

Athena Pharmaceutiques investit plusieurs millions d’euros pour remettre aux normes et développer Inpharmasci.

«Nous allons continuer à fabriquer tout ce qui est médicament oral solide, qu’il soit enrobé, pelliculé, granulé, en gélules.» Il a remarqué que les Canadiens aiment le conditionnement en flacon. Il va donc proposer des flacons. Il va aussi se lancer dans le marché du stick et des produits effervescents. «Nous avons un accord avec Unither, implantée à Amiens, pour récupérer ses lignes de produits effervescents.» Il va aussi poursuivre le conditionnement de lots cliniques et développer les compléments alimentaires, avec le marché brésilien en ligne de mire.

Alexandre Williams, gérant d'Athena Pharmaceutiques, est le repreneur d'Inpharmasci.
Alexandre Williams, gérant d’Athéna Pharmaceutiques, est le repreneur d’Inpharmasci.

«Nous comptons racheter le bâtiment à la SCI Grand Hainaut en 2022, voire 2023», indique l’homme d’affaires. Et les indicateurs semblent lui sourire : le chiffre d’affaires devrait passer de 13 401 000 d’euros à 13 724 000 cette année, l’Ebitda de -597 à 57, les salariés de 115 à 120. «Il faut croire en l’industriel en Europe et ne pas lâcher, souligne-t-il. Les salaires des Chinois sont maintenant très élevés, il n’y a pas une différence de coût énorme entre l’Inde et la France. Moi qui ai vécu partout dans le monde, je crois en notre implantation française.»