Polars venus du froid

La Scandinavie est depuis longtemps une terre fertile pour les polars addictifs. Illustration cette semaine avec trois romans à haute teneur émotionnelle !

Ragnar Jónasson clôt en beauté sa trilogie La Dame de Reykjavík. © keongdagreat
Ragnar Jónasson clôt en beauté sa trilogie La Dame de Reykjavík. © keongdagreat

La dernière tempête

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Cet ultime volet de la trilogie La Dame de Reykjavík se déroule à la fin des années 1980 alors que l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir tente de fuir ses problèmes familiaux – sa fille Dimma est en crise permanente, et les relations avec son mari quasi inexistantes – en se réfugiant dans le travail. À l’extrémité du pays, dans une ferme d’une vallée reculée, un couple est prisonnier d’une terrible tempête de neige quand un homme hagard frappe à leur porte et demande l’asile pour la nuit. L’électricité est soudain coupée et le couple se retrouve coincé avec l’inconnu. Pour tous, à Reykjavík ou à l’est de l’Islande, ces quelques jours avant Noël se révèlent dramatiques : la famille de Hulda explose et dans la petite ferme, on retrouve deux cadavres. Malgré son chagrin et sa colère, Hulda va tenter de résoudre ce double meurtre... Maîtrisant parfaitement un récit oscillant entre drame familial et enquête haletante, l'auteur enveloppe le suspens d'une atmosphère sombre et oppressante en osmose avec la personnalité complexe de son héroïne.

La dernière tempête de Ragnar Jónasson (Editions La Martinière – Traduit de l'Islandais par Jean-Christophe Salaün).

Une vie de poupée

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Duo détonant découvert avec la trilogie Les visages de Victoria Bergman, Jerker Eriksson et Håkan Axlander Sundquist signent une nouvelle trilogie passionnante. Ce deuxième volet suit la fuite de Nova et Mercy, deux jeunes filles de seize ans, à bord d'une voiture volée. Elles laissent derrière elles le foyer pour jeunes filles dirigé par Love Martinsson, dans lequel elles avaient été accueillies et où une autre adolescente est portée disparue. Nova et Mercy sont désormais recherchées et traquées. Parallèlement, le détective Kevin Jonsson est chargé d’une affaire en lien avec un réseau de prostitution et de pédopornographie en ligne. Il doit trouver celui qui se fait appeler le Marionnettiste et qui utilise plusieurs identités pour se procurer des vidéos et des photographies de très jeunes filles. Son investigation le conduit sur les traces de Nova et Mercy, et le confronte aux terribles secrets de son propre passé... Habité par des personnages complexes et magnifié par une tension qui chemine crescendo, ce polar violent et sombre dévoile l'envers du décor d'une société suédoise dont les bas-fonds dissimulent des secrets terrifiants.

Une vie de poupée d'Erik Axl Sund (Editions Actes Sud – Traduit du suédois par Rémi Cassaigne).

Victimes

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Ce redoutable premier roman s'ouvre sur la découverte d'un corps affreusement mutilé dans une grange au nord de Stockholm. L'inspecteur Carl Edson et son équipe se préparent à ce qui semble être une enquête pour meurtre assez routinière mais lorsqu'ils apprennent avec stupéfaction que la victime est encore en vie avant d'être achevée quelques heures plus tard à l’hôpital, ils réalisent qu’ils ont affaire à un serial killer aussi cruel que terrifiant. Car les cadavres s’accumulent avec un jeune homme trouvé dans le coffre d’une voiture, un autre au fond d’une impasse… Les victimes n’ont aucun lien apparent, et l’inspecteur devine instinctivement que la clé de l’affaire remonte dans le passé. Comment les cibles sont-elles choisies et qu’ont-elles pu bien faire pour s’attirer une telle haine ? Avec l'aide d'une journaliste particulièrement opiniâtre, Carl Edson sait qu’il doit agir rapidement… Dans la belle lignée d'auteurs comme Stieg Larsson et Lars Kepler, Bo Svernström signe un polar terriblement efficace, interrogeant notre perception de la «victime» et du «bourreau» à travers un suspens prégnant au final mémorable.

Victimes de Bo Svernström (Editions Denoël – Traduit du suédois par Lucas Messmer).