Sur l’ancien site Bridgestone : les vieux pneus ne réchapperont pas au reconditionnement

Mobivia (Norauto) et Black Star se sont associées pour relancer, en 2022, une activité de pneumatiques sur l’ancien site Bridgestone à Béthune, avec 200 emplois à la clé d’ici 2025. Mais cette fois, il s’agira de pneus reconditionnés.

Sur l'ancien site Bridgestone de Béthune, Mobivia et Black Star vont reconditionner 300 000 pneumatiques dès 2022. (@Black Star)
Sur l'ancien site Bridgestone de Béthune, Mobivia et Black Star vont reconditionner 300 000 pneumatiques dès 2022. (@Black Star)

Mobivia (2 200) collaborateurs, chiffre d’affaires annuel de 3,2 milliards d’euros), leader européen de la distribution et de la maintenance de pièces automobiles, et Black Star (40 collaborateurs, chiffre d’affaires annuel de 4 millions d’euros), seul industriel français qui fabrique des pneumatiques reconditionnés pour les véhicules légers, vont produire des pneus reconditionnés plus respectueux de l’environnement sur l’ancien site Bridgestone à Béthune. Et avec un marché de 190 millions de pneus pas an en Europe, les perspectives sont alléchantes.

A l’origine, les deux entreprises devaient collaborer sur un projet en Allemagne, où Mobivia est un très gros récupérateur de pneus (10 millions). Mais en 2020, l’annonce de la fermeture de son site béthunois par Bridgestone a changé la donne. Des rendez-vous à Bercy, au ministère de la Transition écologique, à la Région Hauts-de-France et à la communauté d'agglomération de Béthune-Bruay ont précipité les choses.

D’autant qu’une telle association tombe sous le sens. «On collecte des pneus et on est capable de les trier», explique Laurent Houvenaghel, leader iWip Ecosystème (lire encadré) chez Mobivia. «On peut donc proposer de la matière première à Black Star, qui a le savoir-faire pour les sélectionner et les reconditionner. On reprend la main grâce à nos 2 000 points de vente en Europe et la force de communication qu’il y a derrière.» Et le tour est joué.

Bridgestone va fournir la gomme

Mobivia et Black Star pourront compter sur l’expertise des anciens salariés de Bridgestone. C’est une première concrétisation de l’engagement pris par le fabricant japonais auprès de ses salariés et de la Région de redynamiser le site et le territoire. «Nous allons nous installer sur 25% de l’ancien site, détaille Jean-Baptiste Pieret, président de Black Star. Il va y avoir un transfert de propriété de certaines machines pour une valeur symbolique. Bridgestone va aussi nous accompagner sur la commercialisation à travers ses réseaux, et nous fournir la gomme.» Le montage du projet est donc le suivant : Mobivia est entré au capital de Black Star et Bridgestone contribue à sa bonne réussite.

Aujourd’hui, les deux entreprises se défendent d’avoir juste saisi une bonne occasion. Leurs responsables insistent sur la dimension écologique du projet. «On conserve 80% de matière. Cela représente 60% de pétrole en moins par pneu produit et un gain de 35 kg de dioxyde de carbone», assure Jean-Baptiste Pieret. L’objectif sera de collecter un million de pneus par an, dans un rayon de 200 kilomètres. Et plus seulement chez Norauto, Midas et Carter-Cash, les enseignes de Mobivia : «Si demain, PointS, Feu vert ou Euromaster nous demandent de collecter leurs pneus, on ouvrira nos portes, confirme Laurent Houvenaghel. On est d’abord là pour dépolluer notre industrie. C’est un enjeu sociétal. L’objectif est de traiter beaucoup plus de pneus que par le passé.»

Un enjeu social

Pour le moment, les pouvoirs publics ont joué le jeu. Mais les nouveaux associés en attendent encore un peu plus. «Ils poussent les entreprises vers des achats plus raisonnés, sobres et respectueux de l’environnement et des générations futures, insiste Jean-Baptiste Pieret. On nous pousse à réindustrialiser la France. Et on comprend tout à fait pourquoi. On a leur soutien et on les remercie. Mais ce n’est pas fini. On prend nos responsabilités, mais il ne fait pas nous laisser !» Le message est clair pour les particuliers, mais aussi les collectivités : consommez désormais français et écoresponsable.

Car l’enjeu social est aussi de taille. Les deux acteurs prévoient d’embaucher 50 salariés pour une production de 300 000 pneus dès 2022 et 200 salariés pour un total de 850 000 unités à l’horizon 2025. «On parle d’emplois non délocalisables et proches de la matière première», conclut le président de Black Star. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) de février 2020 devrait éclaircir l’avenir du projet Mobivia-Black Star : «Elle prévoit de viser des pièces issues de l’économie circulaire, et donc des pneus reconditionnés, pour les appels d’offres des flottes publiques.» Dont acte !


iWip : intégrer ses déchets à la production

(@Black Star)


iWip, filiale de Mobivia créée en 2017, signifie «Integrate Waste In Product», qui se traduit en français par «intégrer ses déchets à la production». «Le pneu écoresponsable existe depuis 40 ans», explique Laurent Houvenaghel, leader iWip Ecosystème. «Dans l’ADN de Norauto (une enseigne de Mobivia, ndlr), il y avait la sécurité routière et la protection de l’environnement. En 1995, nous avons créé 'Mission environnement' et 22 filières de recyclages dont celle du pneu. Avec IWip, on accélère dans ce qu’on appelle la prolongation de la durée de vie des produits.»