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Un rapport distancié au travail pour les jeunes générations

Pour la deuxième année consécutive, Le Figaro Emploi, en collaboration avec l’Ifop, a interrogé 1 000 salariés* sur la façon dont ils perçoivent leurs conditions de travail. L’étude aborde également l’avenir de leurs métiers, face à l’arrivée de l’intelligence artificielle.

69% des salariés ont le sentiment que les plus jeunes sont moins motivés et investis dans leur travail que l’ensemble des Français. © K Louw-peopleimages.com
69% des salariés ont le sentiment que les plus jeunes sont moins motivés et investis dans leur travail que l’ensemble des Français. © K Louw-peopleimages.com

En 2023, près d’un salarié sur deux (45%) considère ne travailler «que pour l’argent». A titre de comparaison, ils n’étaient que 38% en 1993 (+7 points). Cette perception de plus en plus «utilitariste» du travail pourrait expliquer que le lien à l’entreprise se soit étiolé au fil des années : si une majorité de salariés (65%) déclarent toujours être attachés à leur employeur, ils étaient plus nombreux en 1993 (81%, soit -16 points). Malgré cela, les motivations plus «nobles» pour travailler restent stables depuis 30 ans (étude Ifop de novembre 1993), à savoir un «sentiment d’utilité» et «la possibilité d’apprendre». «Leur rapport au travail a fortement changé sur les trente dernières années ; nous passons progressivement du «vivre pour travailler» au «travailler pour vivre», révèle Carole Ferté, directrice des études du Figaro Emploi.

La dernière étude Le Figaro Emploi/Ifop sur les Français et leur rapport au travail met ainsi en avant plusieurs signaux d’alerte. Au-delà du fait que le travail soit jugé essentiellement utile pour gagner de l’argent, l’étude pointe ainsi la forte distension dans le rapport au travail des Français en 30 ans.

Dans le même temps, les trois quarts des salariés du privé sont satisfaits de leur situation professionnelle (dont 14% qui s’estiment même «très satisfaits»), avec, en conséquence, des envies de mobilité sur le court terme qui restent plutôt faibles – ainsi 20% seulement envisagent de quitter leur emploi d’ici décembre prochain. Un chiffre que Carole Ferté justifie par la conjoncture économique actuelle qui «n’est pas complètement étrangère au fait que les salariés français expriment aujourd’hui peu d’envies de mobilité sur le court terme, préférant sécuriser leur situation».

Un travail épanouissant pour un tiers des salariés

Autre signe de la dégradation du rapport au travail des Français, la notion d’épanouissement s’effrite elle aussi : il y a 30 ans, la moitié des salariés estimaient que leur travail les épanouissait. Aujourd’hui, 31% seulement partagent cet avis (-19 points), tandis que 33% y voient plutôt une contrainte. A noter que plus de la moitié des salariés (51%) déclarent faire «juste ce qu’il faut» pour répondre aux attentes de leur entreprise. Un rapport distancié au travail qui s’illustrerait particulièrement chez les jeunes générations indiquent les salariés interrogés. 

Ainsi 69% d’entre eux ont le sentiment que les plus jeunes sont moins motivés et investis dans leur travail que l’ensemble des Français. Ce désinvestissement n’est cependant pas autant ressenti par les principaux intéressés (seulement 41% chez les 18-24 ans et 64% chez les 25-34 ans). Ils sont même un peu plus nombreux (53%) à déclarer faire «juste ce qu’il faut» pour satisfaire leur employeur. Et la moitié considèrent avoir un travail pénible.

Enfin, près de la moitié des personnes interrogées (48%) déclarent exercer un emploi «assez», voire «très pénible» ; une proportion qui grimpe à 71% au sein de la population ouvrière. Les causes principales ? Le stress (36%), suivi par la charge de travail (31%) et la pression exercée par la hiérarchie ou les clients (26%). La pénibilité physique est également pointée du doigt : 21% citent les postures pénibles, 19% le port de charges et 17% la forte amplitude horaire. Face à cette pénibilité du travail, 51% du panel estiment que leur entreprise ne fait rien.

Au-delà de cette pénibilité, pour Carole Ferté, il est indispensable que les entreprises travaillent et communiquent sur leur marque employeur pour attirer et fidéliser les candidats. Premier contact avec ces derniers, les offres d’emploi doivent s’accompagner d’informations liées à l’entreprise concernée – politique d’égalité hommes-femmes, ambitions RSE ou encore chiffre d’affaires... L’étude révélant que les salariés «se montrent encore plus vigilants cette année vis-à-vis des informations disponibles, qui permettent aux salariés comme aux entreprises d’optimiser leurs recherches». Et il y a encore du chemin à parcourir puisqu’à l’heure actuelle un tiers d’entre eux jugent la qualité et la quantité des informations disponibles dans les annonces insuffisantes.

L’IA représente une menace pour près d’un salarié sur deux

Interrogés également sur le développement des intelligences artificielles dans le monde du travail, les salariés émettent quelques réserves. Si 63% reconnaissent qu’il pourrait s’agir d’une opportunité de croissance et de productivité pour les entreprises, près d’un sur deux (45%) considère que l’IA représente une menace pour son emploi. Malgré de réelles craintes, ils sont 83% à penser que l’on ne peut pas tout déléguer à une IA et qu’une intervention humaine reste indispensable. 

Ainsi, à peine un tiers du panel (37%) estime que son employeur devrait investir dans cette technologie. Il faut enfin noter «une déconnexion entre les intérêts des salariés et des entreprises» sur la question des IA. «Dans la perspective d’une généralisation des ces technologies, une grande majorité des salariés (70%) souhaite le développement d’une taxation des robots pour accompagner cet essor. Ils attendent ainsi de véritables adaptations de la part de leur entreprise et des pouvoirs publics», conclut l’enquête.

* Enquête menée auprès de 1 000 salariés du privé et d’entreprises publiques par questionnaire auto- administré en ligne du 25 juillet au 3 août 2023.